Avis de personnalités sur les paroles de la Marseillaise

 

De nombreuses voix se sont exprimées à propos des paroles de l’hymne national, notamment depuis 1990, avec l’appel de l’association "Pour une Marseillaise de la Fraternité", soutenu par l’Abbé Pierre et de nombreuses personnalités, et le lancement d’un concours pour modifier les paroles :

 

« L’hymne national, c’est l’âme d’un peuple.
Parce que nous aimons la France, nous ambitionnons pour elle un message qui s’harmonise avec son idéal de liberté, d’égalité et de fraternité. Nul ne songe à toucher à une musique qui a scandé les grandes heures de notre histoire et qui résonne, hors de nos frontières, comme un symbole de liberté.
Mais à l’heure où les jeunes générations aspirent à la solidarité et à l’amitié entre les peuples, pouvons-nous continuer à chanter des paroles de haine et de vengeance, qui incitent à brandir un étendard rougi de « sang impur » ? 
»

 

 

 

Près de 40 ans plus tard, afin que chacun puisse se faire une opinion, nous reproduisons une grande partie des réponses à l’Abbé Pierre, enrichies de très nombreux avis, positifs ou négatifs, qui ont pu s’exprimer depuis sur cet hymne et en particulier sur ses paroles.

 

Les opinions de personnes qui croient que le « sang impur » est celui des soldats français sont pour la plupart consultables sur la page « Qui répand cette fake news ?

 

Ces avis ne forment donc pas un sondage représentatif de la population française, et seront enrichis si on nous signale d’autres avis pertinents et référencés.  ------------------------------------------------------------------

 

 

 

Abbé PIERRE, ancien député, fondateur d'EMMAÜS

« Quel maître d’école, quel père, quelle mère peuvent encore imaginer devoir apprendre à leurs enfants à haïr et rêver d’abreuver la terre d’un sang impur ? »

« On m'a trop souvent dit qu'un hymne national faisait partie de notre culture, de notre histoire et qu'il n'était pas possible de le changer. Je m'inscris en faux contre cette idée. Plusieurs ont été modifiés et notamment les hymnes soviétiques et chinois avec de nouvelles paroles. Les aspects belliqueux en ont été gommés. C'est la preuve que de grandes puissances orgueilleuses qui évoluent très lentement et qui ne se corrigent pas volontiers ont changé leur hymne. Pourquoi ne pourrions-nous pas le faire ? [...]
Aujourd'hui
je ne la chante pas [...] depuis que j'ai pris conscience de cette introduction dans les esprits d'une notion raciste, je ne peux absolument plus. [...]
Enlevons le mot impur de sang impur. [...]
Nous ne pouvons pas entretenir le culte de la pureté du sang après avoir vécu ce que nous avons vécu en France. Cette idée que nous pourrions avoir un sang pur et que celui des autres serait impur est tout à fait inacceptable. C'est du racisme. On nous fait chanter et célébrer du racisme. […] Des parents d'élèves ou des associations de parents pourraient fort bien attaquer en justice L’État ou ses instituteurs en argumentant qu'ils inculquent, à leurs enfants, depuis la petite école, une notion raciste d'impureté du sang." (La Croix, 22/06/2002)

 

 

Roberto ALAGNA, ténor franco-italien

Laurent Delahousse :   cette Marseillaise, vous avez aimé la chanter, vous le fils d'immigré Italien... (sur la scène de L'Opéra-Bastille)

Roberto Alagna :  grâce à cette Marseillaise, le jour où on m'a demandé de la chanter, c'est là que je me suis vraiment senti français, pour la première fois, à 100%. Moi, je trouve cet hymne formidable. Souvent décrié, souvent maltraité, parce que souvent les gens ne savent pas du tout la signification du sang impur. Le sang impur ce n'est pas le sang de l'ennemi, non le sang impur c'est son propre sang par rapport au sang noble, bleu, c'est le sang du peuple, donc nous allons verser notre propre sang, nous allons abreuver les sillons avec notre propre sang, donc c'est au contraire très fort et c'est pas du tout le texte que l'on croit. »

(Journal de France 2, le 12/11/2016 ; aucun démenti de cette infox ne suivra)

 

 

Graeme ALLWRIGHT, chanteur et auteur de chansons
" Je me suis toujours demandé comment les français peuvent continuer à chanter, comme chant National, un chant de guerre, avec des paroles belliqueuses, sanguinaires et racistes.
En regardant à la télé des petits enfants obligés d'apprendre ces paroles épouvantables, j'ai été profondément peiné, et j'ai décidé d'essayer de faire une autre version de La Marseillaise.
Le jour où les politiques décideront de changer les paroles de La Marseillaise, ce sera un grand jour pour la France."

 

 

Christophe ANDRE, psychiatre

 « L’expression de l’estime de soi collective passe-t-elle par les hymnes nationaux ? 
Pour mieux le savoir, je me suis procuré un livre qui recense tous ces hymnes (Le Concert des nations, par Jean-Marc Cara). J’ai été rassuré : alors que je pensais y trouver une majorité de chants guerriers et orgueilleux, la plupart d’entre eux s’avèrent plutôt pacifiques. 
Bien sûr, aux côtés de notre Marseillaise nationale (« Qu'un sang impur abreuve nos sillons... »), on retrouve quelques incitations à aller se bagarrer pour défendre sa gloire et son honneur...
Mais globalement, c’est plutôt l’affection et l’attachement à sa terre natale que chantent les hymnes. Par exemple au Chili : « Pur, Chili, est ton ciel bleu azur / Des brises pures te balayent aussi / Et tes champs bordés de fleurs / Sont l’heureuse copie de l’Eden. » Ou en Estonie : « Mon pays natal, ma joie enchantée / Comme tu es beau et éclatant ! / Nulle part dans le monde / Un tel lieu ne peut être trouvé / Autant aimé que je t’aime / Mon cher pays natal. »  Si ces chants nationaux traduisent les aspirations profondes de leurs peuples, alors il y a de quoi être rassuré : la plupart des humains rêvent davantage de vivre en paix plutôt que de dominer leurs voisins. Ils ont raison : la paix est plus belle encore que la victoire. Encore faut-il ne pas suivre, régulièrement, les quelques énervés qui poussent à la bagarre...»

 

Bernard ANTONY ex-député européen Front National
« M. (Eric) Besson vient de déclarer aujourd’hui, 8 février 2010, que les nouveaux arrivés en France ne devaient pas se formaliser des paroles de La Marseillaise : « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! ». Selon lui, ces paroles ne visaient pas les étrangers (comment alors comprendre « qui viennent jusque dans nos campagnes égorger nos fils et nos compagnes » ?) mais les Français contre-révolutionnaires à éliminer. Le nullissime Besson énonce certes là un grossier mensonge d’un pitoyable révisionnisme. Car La Marseillaise visait bien à stimuler les ardeurs des soldats de la république de Valmy contre les menaces des ennemis autrichiens et autres. Mais passons !...
Ainsi, proclame par sa bouche le gouvernement Sarkozy, « le sang impur » dans La Marseillaise était un sang français...

M. Besson choisit donc de justifier l’horreur de la guerre civile, et de ce sang selon lui « impur », ce sang de tant d’innocents et ce sang de tant de saints. Et, tout simplement, ce sang de tant d’hommes ! Et comme si le sang versé dans les guerres civiles pouvait être un sang impur ! M. Besson a révélé là son funeste fond d’idéologue sans-culotte, bolchévique, Jeune-Turc ou nazi….

 Désormais, et tant que l’on n’aura pas remplacé « sang impur » par d’autres paroles, je ne chanterai pas La Marseillaise. » (cet article est approuvé sur différents sites d’extrême-droite, dont celui de Bruno Gollnisch, montrant que pour le FN, le « sang impur » serait uniquement celui des étrangers)

 
ARKANA, rappeur
«  y'a pas d'amour dans leur hymne » (Casse le schéma)

 

François ASSELINEAU homme politique

extrait : «  L'interprétation raciste du refrain de la Marseillaise est donc spécialement absurde puisque ce sont justement les ennemis des révolutionnaires français qui se prévalaient ou se prévaudront d'avoir le sang pur.

De quelque côté qu'on l'examine, l'interprétation raciste de « la Marseillaise » apparaît comme historiquement, conceptuellement, politiquement, sociologiquement, chronologiquement fausse. Cette interprétation est une malveillance ; elle constitue le contraire même de l'esprit républicain de 1792… »

(Cette longue explication du sang impur des soldats français a disparu du site de l’UPR, mais elle subsiste sur plusieurs sites où elle a été recopiée. Les vidéos de cette infox sont toujours en ligne)

 

 
Clémentine AUTAIN refuse de chanter cet hymne.
«
Ça n'a rien à voir avec l'extrême gauche, dit-elle. C'est en compassion avec ceux qui sont heurtés par les paroles: le sang impur, j'ai vraiment du mal… »


AXIOM
, rappeur
« J'accuse trente ans de racisme et d'ignorance La répression sans prévention en France
«Liberté, égalité, fraternité » n'est pas un songe... Marchons, marchons, vive la France oui, Mais dans la paix et le respect des différences » (Ma lettre au Président, 2006, sur l'air de la Marseillaise, chanson surnommée la « Marseillaise anti-Sarkozy),

 

Charles AZNAVOUR, chanteur  (réponse à l’Abbé Pierre)
" Pour ma part, je garderais, en les remaniant, le premier et le dernier couplet, et je brûlerais le reste. Une Marseillaise humanisée serait plus à l’image de la France et des Français. "

 

Julien BAYOU Conseiller régional en Ile-de-France, porte-parole d'EELV
« 
Partout la Marseillaise a retenti. Parfois une gêne indicible. Nous sommes sous le choc. Les attentats de cette semaine ont administré un coup terrible au vivre-ensemble que nous essayons péniblement de construire, jours après jours, dans nos quartiers, dans nos villages, dans nos écoles ou sur nos lieux de travail.
Dans le froid des places de nos villes entre deux silences émus, nous avons chanté ensemble la Marseillaise. Cet hymne, nous l'avons tous en nous. Nous connaissons son premier couplet par cœur. Il nous rappelle la France Black-Blanc-Beur de 1998, la Résistance, la Révolution et leurs idéaux. Mais si sa mélodie est magnifique, beaucoup d'entre-nous rechignent à la chanter, rebutés par son caractère belliqueux. Ces mots appartiennent à l'Histoire mais certains ne sauraient servir de programme pour notre avenir. Et nous sommes loin d'être les premiers à formuler ce vœu.

Alors modifions ces paroles. C'est cette voie là que nous devons suivre, et il faut agir sans tarder. Un dépassement de soi pour plus de démocratie, d'ouverture et de tolérance, serait de montrer au monde que face à l'adversité, la France, fidèle à sa tradition, va de l'avant et évolue.
Charlie Hebdo aurait sûrement adoré qu'on se débarrasse de notre vieille chanson, Cabu avait d'ailleurs délicieusement croqué ce sentiment. (voir illustration).

De multiples propositions de textes alternatifs ont été faites par le passé. La version que nous chanterons aujourd'hui a été écrite par Graeme Allwright et Sylvie Dien. Sur la même mélodie galvanisante, elle parle de justice, de paix et d'espoir. C'est cette mélodie qui doit nous inspirer." (écrit avec Arthur Vincent)


François BAYROU, président du MODEM, a-t-il donné son accord à une nouvelle version ?
« 
Ce matin, l'équipe de campagne de François Bayrou avait mis en ligne un clip réalisé par un internaute bénévole. On y retrouvait des extraits du discours du candidat centriste lors de son meeting au Zénith de Paris, dimanche dernier, avec, en fond musical, une interprétation de la Marseillaise par le chanteur Guito B. Joseph. Les paroles de l'hymne français étaient ainsi revues : «Protégeons nos fils et nos compagnes. Plus d'armes citoyens, rompez vos bataillons. Marchons, marchons, main dans la main, ensemble nous le pouvons».
Une version revisitée de l'hymne national, qui n'a pas plu dans l'entourage du candidat. "On s'en tient à la version originale de la Marseillaise", indique-t-on dans le staff de François Bayrou. La vidéo a finalement été supprimée du compte officiel du candidat. » « Une Marseillaise revisitée pour Bayrou » ? (le Figaro, 29/3/2012)

 
Pierre BERGE, président des opéras de Paris, président-directeur général d’Yves Saint-Laurent.
" Dans mon enfance, mes parents m’interdisaient de chanter la Marseillaise. Ils trouvaient les paroles scandaleuses. J’ai toujours partagé ce point de vue et je n’ai jamais pu me résoudre à les prononcer.
Il est plus qu'urgent de changer tout cela. A l'époque de l'Europe, ces changements s'imposent, et le plus tôt sera le mieux.
" (réponse à l’Abbé Pierre)

 

Charles BERLING, comédien : « il faudrait changer les paroles, la morale c'est vraiment très intéressant, c'est la civilisation ; il faut apprendre la morale et le civisme, mais la Marseillaise on ne doit pas l'apprendre à l'école. Si on veut la chanter, on la chante , on a beaucoup d'occasions de l'entendre, au foot, partout » (France 2, on n'est pas couché, 23 février 2008)

 

 

Patrick BESSON, écrivain (Le déjeuner sur l'Est - Le Point, 28/09/2014)
« 
Et de saluer le courage de Christian Karembeu qui a refusé de chanter un hymne dans lequel il y a une allusion au sang impur qui abreuve... »

 

 

Abdenour BIDAR, philosophe

« Allons enfants de la fratrie, Le jour d'espoir est arrivé,
Entre nous de l'harmonie L'étendard rayonnant est levé !
Entendez-vous dans nos entrailles Bouillir ces féroces désirs,
D'amour, de partage et d'agir Contre les misères à la bataille !

Levons-nous, citoyens ! Chantons à l'unisson !
Allons, Allons, Que nous soyons, tous frères entre nations !"

Et si à l'heure où notre société n'en finit plus de se fracturer en séparatismes sociaux et replis sur soi, nous entonnions ensemble cette "Marseillaise" de la fraternité ? Je ne milite pas, disant cela, pour l'abandon ni le remplacement de notre hymne national…

Mais de quoi avons-nous le plus besoin aujourd'hui ? De hurler pour réclamer le "sang impur" de "féroces soldats" ? Ou bien de crier notre volonté collective d'en finir avec cette période maudite où nous sombrons depuis tant d'années dans le sentiment d'impuissance face à la montée des inégalités sociales et des guerres culturelles ? »

 

Maurice BLANC, Professeur de Sociologie, Université de Strasbourg
"La Marseillaise, comme  L’Internationale,  est dans la logique de la lutte à mort et de l’extermination de l’ennemi. Il est urgent de changer de paradigme. On peut garder l’air, à condition de changer radicalement les paroles : je ne pourrai chanter La Marseillaise avec mes petits-enfants que lorsqu’elle sera devenue un hymne à la résistance aux violations des Droits des êtres humains (hommes et femmes), pas avant."

 

Marie-Christine BLANDIN, sénatrice EELV, ex-présidente de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat.
« Chaque loi sur l’école mentionne ou veut faire apprendre l’hymne national. (…) Je veux partagez avec vous mon émotion sur le sujet ... Il y a cette fameuse phrase, "qu’un sang impur abreuve nos sillons". Il faut quand même que nous réfléchissions au fait que cette phrase véhicule vraiment des messages d’un autre âge. Et hors du contexte révolutionnaire, c’est quand même une hérésie scientifique... C’est un appel à la xénophobie (…) et c’est un appel à la violence sanguinaire et de récents événements, qui ont couvert tous les écrans des médias, nous montrent bien que le sujet est quand même d’actualité ». Elle « rêve d’un jour où il nous sera proposé une phrase alternative à ce petit morceau qui (lui) semble vraiment porteur d’un doute affreux ». Elle se « félicite » cependant « que dans la rédaction du texte il soit marqué : "l’apprentissage des valeurs et symboles, l’hymne national et son histoire". Car les enseignants auront l’opportunité de mettre cette phrase dans son contexte et qu’elle ne soit pas prise au premier degré » (Public Sénat, 24,5,2013)

BOOBA, rappeur
« Je dis
"Le jour de gloire est arrivé, enfants de la patrie/Kalachnikov chargé, toujours de la partie/Mais la patrie n’aime pas les négros." A l’école, on t’apprend "la Marseille", "qu’un sang impur abreuve nos sillons". Ce sang impur, c’est le mien. Du sang d’Algérie, du sang d’Africain. »

 
Malek BOUTIH, député de l'Essonne :
«  La suite de ce texte, la suite de ce débat qui s’impose à l’ensemble des républicains car c’est une guerre longue que nous allons connaître, consiste à faire naître une nouvelle République. Retenons la leçon de Nelson Mandela et ouvrons un vrai débat autour de ces enjeux. Que chacun vide son sac, dise ce qu’il a à dire, expose ses craintes et ses peurs, pour construire une nouvelle nation française rassemblée dans le XXIe siècle ! Cela suppose, et je l’assume, que l’on aille très loin, que l’on prenne des mesures très fortes en matière de lutte contre les ghettos, d’émancipation des femmes, de défense de la laïcité. Et, dans un geste ultime de rassemblement et pour marquer notre fierté de nos travaux, pourquoi ne pas trouver de nouveaux symboles républicains ? Que ce ne soit pas seulement un sang impur abreuvant nos sillons, mais aussi nos couleurs qui défendent et qui rassemblent la Nation ! » (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe socialiste, républicain et citoyen et du groupe Les Républicains.) Assemblée Nationale 5 février 2016


Christine BOUTIN : « il faut changer les paroles de la Marseillaise qui sont bloquantes, choquantes, en particulier pour les personnes qui arrivent ; quand on parle du « sang impur », c'est une véritable provocation. » (mots croisés, 27/10/2009)

Dounia BOUZAR,
anthropologue, spécialiste des dérives sectaires liées à l'Islam :
"
Les jeunes (d'origine immigrée ?) disent qu'ils seront considérés comme des citoyens comme les autres quand ils pourront justement revendiquer le changement de ces paroles." (Culture et dépendances, 3 nov 2004)

 
Georges BRASSENS, chanteur et auteur de chansons
" La Marseillaise ? Non ! La musique n'est pas mal, mais les paroles sont très discutables, sur le rapport de la qualité !" (émission TV)

Marie-George BUFFET,
député de Seine St Denis, à propos de ceux qui ne chantent pas l'hymne : «Je ne comprends pas que certains ne la chantent pas. C'est l'hymne national, la révolution, la résistance, le mouvement ouvrier!"

Jean-Claude CARRIERE, écrivain et scénariste

 « Tout est fait, par nous, autour de nous, en allant jusqu'au mensonge officiel, pour donner à tel ou tel groupe le sentiment de sa valeur inégalable, de son passé glorieux. « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante. » Ceux-là ont droit à des avenues, à des statues, à des temples. Héros de guerre ou de culture, ils constituent nos références, nos garanties. Ils attestent notre qualité. Ils justifient notre place à cet endroit précis de la planète, notre prise de possession de ce sol-là, « le sol sacré de la patrie »....

Comme nous avons le plus beau pays du monde, les autres ont toujours envie de nous envahir. Il faut donc, pour nous défendre, que nous prenions les devants en entrant chez eux. C'est le schéma ordinaire. Si nous versons le sang de nos voisins, tant pis pour eux. Ils l'ont bien cherché, après tout. Car ils n'attendaient qu'une occasion de verser le nôtre.

 Petits Français, nous avons tous chanté la Marseillaise. Depuis notre enfance, sans très bien savoir ce que nous disions, nous avons tous souhaité qu'un « sang impur abreuve nos sillons ». Sang impur : deux mots qui, là encore, n'ont aucun sens...

Au nom du culte de la nation, le XX° siècle, plus que d'autres, a versé et bu le sang des nations....

Comme pour le « sang impur », les mots « nation », « peuple », « patrie », « ethnie » ont-ils un sens ? Ou ne s'agit-il que d'étiquettes sur une série de déguisements ? Je n'en sais rien mais au moins je me le demande. Je vois que le sens de ces mots varie selon les bouches qui les prononcent, de même que le mot « race » qui lui se refuse à toute définition. Existe-t-il un « peuple » français? Une « nation », oui, sans doute, car c'est une notion presque juridique, comme la « patrie » est sentimentale et le « pays » géographique, mais un peuple ? Ou une ethnie ? Connait-on même sur la planète, aujourd'hui, une seule nation formée par une seule ethnie ?...

La nation n'est pas une utopie réalisée. Elle n'a rien d'un idéal, elle n'est pas la solution définitive, gravée pour toujours sur la terre. Elle est un formation souvent éphémère, incroyablement fragile, comme les individus qui la composent. Elle est dangereuse et elle est en danger. … Elle peut être contaminée, rongée de l'intérieur par l'autonomie revendiquée des partis qui la constituent..

Les nations sont peut-être des sectes. Nombreux sont les traits qui rapprochent ces deux groupes humains. Leurs membres disent : nous sommes distincts des autres, nous avons nos pères illustres, nos livres saints, nos hymnes, et nous sommes les seuls à détenir la vérité....

Une chose est sûre : nous sommes mieux chez nous que chez les autres ; ce qui est le propre de la secte et qui rend si difficile la formation d'une fédération d’États, qui affaiblirait forcément les nations. Là comme ailleurs, nous avons le choix entre l'un et le multiple. L'un, c'est le dictateur unificateur ou l'idéologie, ou la religion dominante, qui ne peuvent en tolérer d'autres. Le multiple, c'est la division en sectes éparpillées, qui s'entre-dévorent. …

Pour le moment, malgré les horreurs persistantes du nationalisme, avouons-le, nous ne savons pas comment en sortir. Pas plus que du patriotisme, d'ailleurs, qui fait de chaque peuple le premier de tous et ne rêve que de sang versé. Nous essayons d'adoucir les angles, de regarder différemment les autres nations, de porter sur nous-mêmes un regard plus critique. Difficile. » (Fragilité, Odile Jacob, 2006, chapitre « Qu'un sang impur... » P 164-166, 173-174)

 

Régis de CASTELNEAU, avocat, membre du PCF :
« 
Il s’agit de la Marseillaise, qui n’est pas seulement l’hymne de la république française, mais une chanson internationale qui fut le vecteur du message envoyé par le Peuple français d’abord à l’Europe puis à la planète entière au moment de la révolution de 1789. Nous n’en sommes pas les seuls propriétaires, son message (qui va bien au-delà de ses paroles) a une portée universelle. C’est celui de l’irruption du Peuple dans l’Histoire.  Notre pays y a fait de belles choses dans cette Histoire, parfois de moins belles ou de carrément laides. La Marseillaise symbolise probablement ce que nous avons fait de meilleur. Je comprends tout à fait que l’on puisse le discuter, mais c’est un fait. Quand on la chante, on chante la France, mais aussi le message. Et on la connaît partout, partout. C’est pour cela, que la proposition de M. Wilson d’en changer les paroles est si choquante. Nous n’en avons pas le droit, ce patrimoine est partagé bien au-delà de nos frontières. Comme le drapeau français. Ces trois couleurs qui ont inspiré les drapeaux du monde entier…
Personnellement, je sais que c’est l’universalité de son message qui provoque ce mélange d’émotion et de fierté quand je l’entends ou la chante.
L’existence de la dimension presque intime de ce rapport à la Marseillaise et de ce caractère universel a pour conséquence de rendre ces polémiques récurrentes dérisoires. La seule exigence que l’on peut avoir est celle du respect du symbole lié à son statut d’hymne national. Au-delà, c’est l’affaire de chacun. Je me fous radicalement que Benzema ne la chante pas sur un terrain de football. En revanche j’interdis aux analphabètes tels Marie-Christine Blandin pour les Verts, Lambert Wilson pour les niais, et toutes ces pseudo-élites acculturées d’y toucher ou de demander qu’on y touche. La Marseillaise n’appartient à personne parce qu’elle appartient à tout le monde. »


Jacques CHABAN-DELMAS, ancien Premier ministre, Compagnon de la Libération.
" Ayant appris au moins le refrain, et, sans doute, un ou deux couplets de la Marseillaise dans ma prime enfance, ayant été élevé dans la vénération de la France, la Marseillaise est pour moi un chant émouvant, entraînant et infiniment précieux.
Heureusement qu'il n'est pas question de changer la musique ; et
je ne pense pas qu'il soit absolument nécessaire d'adapter les paroles à notre époque : le présent s'explique par le passé, et c'est le présent qui doit éclairer l'avenir " (réponse à l’Abbé Pierre)

 

Pierre CHAUNU, historien
« Je me souviens... dans le village ... à côté de Verdun puisque je suis né à côté d'un champ de bataille...
il y avait cette façon de voir l'histoire absolument toujours avec une menace extérieure... c'est ce qu'on enseignait, hein, aux petits enfants en France. Vous n'avez qu'à lire le Lavisse enfin... Ecoutez... qui est-ce qui peut imaginer que nous ne sommes pas agressés en 1870 ? Mais bon Dieu qui est-ce qui a déclaré la guerre ? ... Seulement ça, si vous voulez, ça compte pas, ça... sous la Révolution, écoutez, la découverte de La Marseillaise, bon. Ben pourtant que j'ai pleuré pour La Marseillaise, comme tous les Français, mais jusqu'au jour où je me suis foutu en colère parce que je dis : sacré bon sang de sort, les féroces soldats qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes, je suis navré, mais en 1792 c'est pas comme ça que ça s'est passé, parce que c'est nous qui avons déclaré la guerre... Par conséquent, il y a toute une vision alors après que... que j'ai... vous savez, j'ai attendu l'âge de 50 ans pratiquement et je me suis dit: je suis d'autant plus coupable que je suis historien, alors c'est... il y a quelque chose là aussi qui a été... j'ai été très très marqué par cette frontière, par le fait que tout tournait autour de cela. »

Emmanuel Laurentin : « Un de vos amis, Georges Suffert dit : "Pierre Chaunu... c'est le fils des morts de Verdun." ... quand vous dites: "J'ai été forgé par cela", vous avez été forgé par cette crainte de l'invasion, mais aussi par tout ce qui était l'univers autour de vous. »
Pierre Chaunu : « Mais il y a 250 000 morts qui sont là, sur un petit espace... »

« j'ai été très sensible à... l’enchaînement qui s’appelle non seulement la Révolution française, mais les vingt-cinq ans de guerre qui suivent, parce que ça forme un seul bloc. Et c'est alors avec la célébration de la Révolution française que… je me suis aperçu combien notre histoire était une histoire faussée, falsifiée par un regard qui donne à la Révolution française une place qu'elle ne mérite pas. ... c'est la perte de vies et, au total, si vous faites le… et d'autre part vous avez quand même une agressivité à ce moment-là, d'un pays d'ailleurs qui a entamé déjà un plongement démographique et qui comme par hasard devient de ce fait très agressif. Et incontestablement, pendant vingt-cinq ans, c'est nous qui avons déclaré la guerre et qui l'avons constamment relancée. Et ce qui est extraordinaire, ce que me disait cet ami juif dont je vous ai peut-être parlé, justement: "Il faudra traiter les Allemands, souviens-toi, comme les Alliés nous ont traités en 1814." J'ai mis trente-cinq ans avant de comprendre combien il avait raison. Mais de toute façon, c'est vrai, nous, nous avons été les agresseurs. Et ça, je ne supporte pas non plus ce que la...ce que la soi-disant Grande Armée a fait en Espagne. Vous avez encore les villages qui sont brûlés. Je ne...je n'approuve pas, si vous voulez, la campagne de Russie et un certain nombre de choses comme ça, et je trouve quand même que nous avons beaucoup trop de ponts, beaucoup trop d'Austerlitz, beaucoup trop d'Iéna, beaucoup trop de célébrations de cet unique moment. » (entretiens.ina)

« La Vendée récapitule tout. Aucune hostilité au départ...

Les représentants locaux du pouvoir auraient voulu, début mars 1793, obtenir l’insurrection de l’ouest qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Je ne puis m’empêcher de rapprocher ces deux actes déments : la provocation à l’Europe de 1792 et la provocation à la Vendée de mars 1793. Ces deux gestes paranoïaques procèdent de la même logique, la logique du dévoilement. Quand vous aurez déclaré la guerre, échoué dans l'invasion et provoqué l'invasion, vous pourrez rêver de verser le sang impur, vous pourrez exterminer, en pensée, l’envahisseur qui vous autorise à frapper l’ennemi proche, intérieur, désarmé. » (Le Grand Déclassement: À propos d'une commémoration)

 

Jean-François CHEMAIN, enseignant et auteur de « Kiffe la Françe »
-
Comment faire pour transmettre l’« amour de la France » ?
- Nous sommes trop dans les « symboles » de la République, dans une vision intellectuelle et cérébrale de notre pays. Ernest Renan disait : « L’Allemagne est une race, l’Angleterre est un empire, la France, c’est une personne. » Figurez-vous que j’ai bien réussi à apprendre la Marseillaise à ces gamins. Cela n’a pas été facile, ils ne savaient pas ce qu’est un sillon, et étaient souvent persuadés que le « sang impur », c’était le leur! Il a fallu que je leur explique que Rouget de Lisle n’avait jamais vu un Arabe de sa vie…

 
Magyd CHERFI, du groupe Zebda
« Nous ne pouvions le faire [la chanter] sans trahir nos parents, leur douleur de la guerre d'Algérie qu'ils nous ont inoculée ». Les attaques perpétrées cet automne à Paris en changent la perception. « Il y a des jours où on aime la France, où on a envie de chanter La Marseillaise, envie d'être tricolore comme un supporter insupportable » (tribune parue dans Libération au lendemain du 13 novembre)


Bernard CLAVEL, de l’Académie Goncourt. (réponse à l’Abbé Pierre)
" Il est certain que si l'on se donne la peine de lire le texte complet de la Marseillaise, on a peine à en croire ses yeux. Mais je ne pense pas :
1) que qui que ce soit puisse en proposer un que nous trouvions acceptable. Tout ce que j'ai vu dans ce domaine ne vaut pas trois sous ;
2) que,
même si un poète pacifiste de génie se présentait, son œuvre puisse être acceptée par un peuple qui ne rêve que de cocardes et par des hommes politiques qui ne pensent qu'à vendre des armes.
Je crois très sincèrement que ce combat qui vous honore est perdu d'avance. "

 

François de CLOSETS, journaliste et écrivain (après avoir proposé de nouvelles paroles écrites en quelques minutes)
« J'ai voulu concrètement voir si on pouvait moderniser ces paroles tout en leur gardant leur caractère historique, il ne s'agit pas d'en faire une chanson moderne, alors en 5 minutes sur un coin de table, en mélangeant avec d'autres couplets voilà, je suis arrivé à ça, ce n'est pas idéal. Mais ça prouve qu'on peut le faire, qu'on peut dépoussiérer notre Marseillaise de ces paroles qu'il faudrait condamner en justice... c'est insensé ; et je pense que le problème de la Marseillaise c'est bien le problème de la France. Pourquoi ? Parce que nous avons un héritage trop riche, et que nous n'osons pas y toucher, voyez, pour supprimer une paroisse médiévale, un accent circonflexe, non, on ne touche à rien et après on fait la révolution. Hé bien je pense que lorsque la France pourra de façon consensuelle réécrire de façon pacifique les paroles de la Marseillaise, alors on sera prêt pour moderniser le pays. » (Europe 1, 23/5/2014)

 

François CLUZET, comédien

"Si j'étais premier ministre, la première mesure que je prendrais serait de modifier le texte de la Marseillaise ! " (les affranchis, France Inter, nov 2011)

 

Daniel COHN-BENDIT « on peut l’interpréter comme on veut, mais qu’un sang impur c’est quand même très guerrier, c’est sanglant, on ne peut pas le nier… je trouve qu’on pourrait s’identifier à quelque chose qui soit moins sanglant et qui rassemble plus »
« Ceux qui chantent l
a Marseillaise pour Charlie Hebdo n'ont rien compris. Parce que Charlie Hebdo, "qu'un sang impur abreuve nos sillons", Cabu se serait demandé : " Mais qu'est-ce que c'est que ces cons-là ? Pourquoi ils me dérangent là ? Je leur ai rien fait, moi " », (11 janvier, Canal+)

 

 COLUCHE, humoriste

« Ben vous savez ce que je pense des cons qui écoutent la Marseillaise au garde-à-vous ? Ben tiens, la réponse est contenue dans la question ! »

 

Régis DEBRAY, écrivain, philosophe, haut fonctionnaire
« Les paroles de la Marseillaise, que dis-je, le fait même qu'un « chant de guerre de l'armée du Rhin » puisse devenir l'hymne officiel d'un pays pacifié par la Raison, eussent semblé barbarie pure à Condorcet, à Montesquieu comme à Diderot. La remontée de croyances magiques (le sang impur des ennemis venant fertiliser nos terres à blé), le délire sacrificiel, l'appel à la vendetta, l'obsession de la gloire, la bestialisation agressive du frère humain, ce féroce qui « mugit », l'anxiété épurative (l'effet cinquième colonne), les simplismes d'exclusion (eux et nous) ne rentraient pas, et pour cause, dans le champ de conscience des salons et académies. » Le code et le glaive. Après l'Europe, la nation? Albin Michel, Paris, 1999, p.31

 

Jean-Louis DEBRE, ancien ministre et pdt de l'Assemblée nationale

S’inspirant des révolutionnaires qui « avaient imaginé en 1791 le chemin de la régénération républicaine », il voudrait que lors de certaines occasions, comme « la fête nationale, on chante la Marseillaise tous ensemble ». Citant Renan, il estime que la France est « un rêve d’avenir partagé » et que « ce rêve s’exprime par la Marseillaise ».(LE MONDE, 04.02.2015)

 
Pierre DESPROGES, humoriste 
« Démilitariser les hymnes nationaux, ça c’est une bonne idée. Il est tout à fait inouï de constater que, dans les pays du monde où ce sont les civils qui font le pain, les maisons, les outils et les chansons, les fêtes nationales et leurs hymnes glorieux sont, au mieux, des apologies de l’engeance kaki parasitaire ou, au pire, des appels hurleurs au meurtre guerrier. Si les ministères concernés m’avaient fait l’honneur de solliciter mon avis, quant aux paroles de La Marseillaise, j’eusse depuis longtemps déploré que les soldats y mugissent et préconisé vivement que les objecteurs y roucoulassent, que les bergères y fredonnassent et que les troubadours s’y complussent. »

 

Natalie DESSAY, cantatrice (a refusé de chanter La Marseillaise lors de l'hommage national aux victimes des attentats de Paris, et a interprété une chanson de Barbara) et Laurent NAOURI, baryton
"Même si je me sens parfaitement française, je n'aime pas ces paroles de la Marseillaise, je trouve qu'il faudrait les changer. Moi je ne peux pas dire qu'un sang impur abreuve nos sillons, voilà." (Canal +, 30/11/2015)

 

Natalie Dessay : " Je pense qu’aujourd’hui on devrait les changer au delà de leur valeur historique. Notamment on devrait changer « qu’un sang impur abreuve nos sillons » qui d’ailleurs ne veut pas du tout dire que c’est le sang de la plèbe (peuple) au regard du sang des aristocrates. Çà c’est une interprétation tout à fait fantaisiste, je me suis renseignée. De toute façon, même si c’était le cas pour moi, il n’y a pas de sang impur qui tienne. C’est un chant très belliqueux, très revanchard que je n’aime pas beaucoup.
Laurent Naouri : A ma connaissance c’est le seul hymne revanchard et belliqueux en Europe

Natalie Dessay : Tous les hymnes Européens vantent la gloire de leur patrie par exemple : « notre pays est le plus beau », etc… Je trouve qu’on devrait faire un hymne à notre pays avec…
Laurent Naouri : … avec la gastronomie, les 400 fromages, les paysages… cela aurait du sens…
Vincent Josse : vous changez juste les paroles ?
Natalie Dessay : oui… la musique ça va…
Laurent Naouri : j’ai du mal à comprendre pourquoi on n'est pas capable d’un aggiornamento comme les Allemands l’ont fait en supprimant « Deutchland über alles ». Ils ont pris un autre couplet (comme hymne). Qu’est-ce que c’est que ce fétichisme ridicule ? L’Église a été capable en 1964 à Vatican-II, de supprimer de sa liturgie : « le peuple juif déicide ». C’était un geste magnifique. Pourtant c’était Dieu, la religion, c’était sacré. Et bien non ils l’ont changé ! Est-ce que dans notre pays de laïcité il est impossible de considérer que l’on puisse réfléchir aussi… Quand on faisait la guerre il y a deux cents ans, on disait « qu’un sang impur abreuve nos sillons » ; oui, OK, il y a eu dix mille morts… Mais maintenant à l’époque où nous vivons, une guerre peut simplement tuer l’humanité entière. Donc personne n’a le droit de dire des choses aussi terribles…
Vincent Josse : ça vous met un peu en colère ?
Laurent Naouri : oui ça me met en colère !  (France Musique, 11/12/2015),

 

 

Michael DOS SANTOS, djihadiste (mais est-ce une personnalité ?)
« 
Sévissant en Syrie sous le nom de guerre d'Abou Uthman, il a posté sur son compte Twitter quelque 170 messages où l'on trouve de la littérature salafiste et des photos de soldats décapités, dont une avec ce commentaire: «si tu veux réussir comme lui, combats l'État islamique». Le fanatique voit aussi dans l'extrait de La Marseillaise, «qu'un sang impur abreuve nos sillons», un appel direct au djihad. » Le Figaro

 

DISIZ, rappeur
«depuis tout ce temps tu me mentais, Tu prétendais m'aimer, tu le scandais... tu m'as volé quasi violé, tu m'as brûlé , ultra-violé, J'ai crié , tu m'as laissé gueuler …
T'as honte de moi, j'te divertis, tu ne m'aimes pas , c'est pas vrai donc je t'aime et je te quitte. » (Je t'aime mais je te quitte, chanson à la France, se terminant sur l'air de la Marseillaise)

 

 

Hervé DREVILLON, directeur de la recherche au service historique de la défense.

 " ...Les appropriations irrévérencieuses et parfois provocatrices témoignent, à leur façon, de la vitalité de cet hymne chanté, sans cérémonie, dans les stades. Par un paradoxe, qui n’est en réalité qu’apparent, la Marseillaise a été investie d’une sacralité familière. L’histoire de ses appropriations, même critiques ou transgressives, marque finalement une forme d’attachement à ce patrimoine et à la volonté de le faire sien, quitte à le transformer. Le débat récurrent sur la modification des paroles jugées trop belliqueuses en est une illustration. La rhétorique du « sang impur », par exemple, a pu susciter certaines critiques ou prises de distance, qui visaient, paradoxalement, à transformer la Marseillaise pour la rendre plus fidèle à elle-même et à son statut idéalisé de chant de liberté.

La clé de cette plasticité réside sans doute dans le contenu même de ce chant profondément ambivalent… Elle est avant tout, une déclaration d’ »amour sacré » pour la patrie et pour la « liberté chérie »...

Les chemins de la mémoire, nov-dec 2016, p 5

 

Roger-Pol DROIT, philosophe

« on a l'impression que le « sang impur » fait tache, si l'on ose dire. Son interprétation a fait couler beaucoup d'encre, et la polémique n'est pas close. Il semble bien, en tout cas, qu'il soit faux d'y voir un racisme, l'affirmation d'une quelconque infériorité biologique des ennemis. Dans le vocabulaire des révolutionnaires, de Marat à Hébert, le « sang » est moral et politique : celui des républicains est « pur », c'est-à-dire vertueux, celui des monarchistes « impur », c'est-à-dire vicieux. Si un soldat ennemi déserte et passe aux troupes républicaines, « le sang de ses veines s'épure, et il cesse d'être un esclave », soulignera Jaurès - meilleure preuve que ce n'est pas une affaire corporelle ou physiologique...

Il faut aussi scruter les couplets de « La Marseillaise » qu'on ne chante jamais, car ils contiennent, à côté des appels au combat, des rappels à la justice. Il ne s'agit pas d'exterminer aveuglément les adversaires. « Français, en guerriers magnanimes/Portez ou retenez vos coups ! » précise le cinquième couplet. Les ennemis véritables des citoyens libres sont les « despotes sanguinaires ». Ce ne sont pas leurs soldats, qui ne sont eux-mêmes que de « tristes victimes » de la barbarie de leurs maîtres. « La Marseillaise » prescrit donc de venger les morts avec détermination, mais aussi avec discernement. Ce n'est pas inutile à rappeler. » Les échos 27/11/2015

 


Solange FERNEX, député des Verts au Parlement européen. (réponse à l’Abbé Pierre)
" Alsacienne, je suis l'arrière-petite-fille du maire de Strasbourg, de Dietrich, Girondin, dans le salon duquel la Marseillaise fut chantée pour la première fois. Pauvre aïeul, lui qui chanta plein d'enthousiasme le nouvel hymne révolutionnaire, et qui, dix mois plus tard, mourut égorgé, non point par de "féroces soldats au sang impur", mais au cœur de Paris, en place de Grève, sous la guillotine d'Euloge Schneider et de Fouquier-Tinville...
Par ailleurs, je suis orpheline de guerre. J'ai été accompagnée dans mon enfance par une grand-mère qui avait perdu deux fils sous l'uniforme allemand, et le dernier, mon père, sous l'uniforme français. Ayant réalisé très jeune le clinquant glacé de la "gloire" et l'incapacité des médailles, Croix de Fer ou Légion d'Honneur, à remplacer auprès d'un enfant un père de chair et de sang,
je refusais l'image de "sang impur" qui devait "abreuver nos sillons". Quel sang ? Celui des frères déchirés, enfants d'une même mère, d'une même terre ! Combats fratricides ! Cain contre Abel ! ... "

 

 

Eli FLORY, auteure (réaction au 13 novembre 2015)

« Devant toutes ces images, celles de ces files d’attente mais aussi celles de ces flaques de sang séchées à l’angle de ma rue, j’ai compris que les djihadistes de la veille étaient comme les Robert Ménard et les Marine le Pen et tous les maniaques de l’identité nationale : ils ont en horreur ces mondes où les sangs se mêlent comme les fleuves à l'embouchure des océans. Le sang de tous ces gens qui ce soir-là ne jouaient pas de la kalachnikov mais qui discutaient, buvaient, dînaient, écoutaient de la musique, dansaient, se retrouvaient, s’engueulaient à la Belle Equipe, au Petit Cambodge, au Carillon, au Bataclan. De tous ces gens mélangeant leurs fluides, pour certains fruits métisses d’amours sans frontières, tous ces gens qui se fichent pas mal de l’idéal d’un sang pur, l’idéal des nazis, le fantasme millénaire de toutes les pensées radicales et totalitaires. « Perdre la pureté de son sang suffit à détruire à jamais le bonheur intérieur et à terrasser l’homme. ». La citation est tirée de Mein Kampf, l’écrit de jeunesse de qui l’on sait.

Pour l’heure, tout ce beau monde a gagné : la France ferme ses frontières. Vous ne m'en voudrez pas alors si mes lèvres qui aiment tant manger, boire, embrasser, lécher, jacasser, sourire, gueuler ne se desserrent pas pour chanter La Marseillaise. Le sang impur, c’est toujours le sang de l’autre. Et la justification obscurantiste de toutes les atrocités qui ensanglantent l’humanité. »

 

 
Geneviève de FONTENAY, ex-présidente du comité Miss France :
'
Pourquoi ne pourrions nous pas remplacer la Marseillaise avec ses paroles gênantes par la magnifique chanson de notre poète Jean Ferrat Ma France ?'' (Huffington post, 9 juin 2014)

 

 

 

 

Gédécé bloggeur
« 
Diantre ! mais que faire de tant de crétinerie nationaliste patriotique ? #ParisAttacks

 

Bande de cons… ce sang impur qui abreuve nos sillons, à présent, c’est le nôtre, le vôtre… Et donc ? »

 

 

 

 


Michèle GENDREAU-MASSALOUX, ancien porte-parole de la Présidence de la République, recteur de l'Académie, Chancelier des Universités de Paris. (réponse à l’Abbé Pierre)
" La Marseillaise avec ses paroles historiques, appartient à la mémoire des Français, à leur patrimoine, comme les monuments anciens, châteaux, les palais, les églises, les maisons de simples citoyens. Et la mémoire doit être préservée.
Mais son message, marqué par son époque, ne correspond pas à notre idéal de solidarité et de paix. C'est pourquoi je pense que l'idée n'est pas mauvaise d'écrire d'autres paroles qui expriment le meilleur des valeurs de notre pays dans le monde d'aujourd'hui.
Une Marseillaise de notre temps. Une sorte de Marseillaise bis. Elle pourrait être mise dans des circonstances comme une fête européenne de la jeunesse, une exposition universelle, une réunion internationale. A l'école, les jeunes pourraient apprendre et comparer les deux versions. Pour obtenir un texte de valeur, un concours serait ouvert aux créateurs, et à tous les citoyens. »

 


Françoise GIROUD, journaliste et écrivain. (réponse à l’Abbé Pierre)
" J'adore la Marseillaise. C'est peut-être le plus beau des hymnes nationaux, parce qu'il est vif et tendu, au lieu d'être solennel. Je trouve qu'il va bien à la France.
Les paroles sont évidemment affligeantes. Mais cela aurait-il un sens de les changer ? Personne ne les connaît, en dehors du premier couplet et du refrain.
Néanmoins, si changement il y avait, je m'en consolerais ! Mais de tels changements doivent être faits avec précaution. Les deux premiers vers, en particulier, sont intangibles
."

 


Valéry GISCARD D'ESTAING Président de la République, qui a modifié le tempo de l'hymne
"Les paroles sont d'un ridicule ! Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont sous l'Arc de triomphe, et on est en train d'abreuver nos sillons d'un sang impur!" (le 10/11/2009)

 


Martin GRAY, ancien combattant du ghetto de Varsovie et déporté à Treblinka. Ecrivain.
" Il m'est évidemment impossible de trouver exaltant le texte de la Marseillaise, alors que cet hymne n'est qu'un chant d'exaltation guerrière, créé en vue de galvaniser une population aux abois. Les paroles ne correspondent absolument plus au contexte de notre époque. Leur violence est d'ailleurs en parfaite opposition avec l'esprit généreux de la nation française d'aujourd'hui.
Je souhaite donc que ce texte soit changé.
Il devrait refléter, non plus la haine d'un conflit ponctuel, mais l'espoir d'une immortelle harmonie, comme un flambeau de lumière que porteraient les prochaines générations. " (réponse à l’Abbé Pierre)

 


Benoîte GROULT, romancière.
" Ce que je pense de la Marseillaise ? J'en apprécie beaucoup la musique. Certaines strophes, il est vrai, sont inacceptables et ridicules. Mais notre hymne national étant trop long, on pourrait se contenter de la première strophe (en remaniant les trois derniers versets : ceux de l'égorgement) et des deux dernières, qui sont lyriques, comme doit l'être un chant patriotique. Les enfants l'apprendraient plus facilement. Mais il faut se méfier des remakes. On a tué la magie de bien des cantiques en renonçant au latin, en les transcrivant en français moyen. Comment d'ailleurs modifier les paroles ? Il faudrait ressusciter Victor Hugo ou Claudel. " (réponse à l’Abbé Pierre)

 


François HOLLANDE, alors Président de la République
« la Marseillaise "un hymne qui nous rassemble tous"."C'est très important qu'elle soit toujours respectée, toujours partagée, toujours connue (...) et je veux faire de l'année 2016, en même temps que l'Euro, l'année de la Marseillaise pour qu'elle puisse être partout célébrée, parce que dans les moments que nous traversons, c'est très important que nous puissions nous unir »

 


François-Régis HUTIN, Président-directeur généraI de Ouest-France. (réponse à l’Abbé Pierre)
" Oui, il serait très opportun de changer les paroles de la Marseillaise, notamment pour tout ce qui appelle à l'extermination de l’ennemi ou à la vengeance. Toutefois, il me semble qu'il nous faudrait conserver au moins les deux premiers vers du premier couplet, car ils sont ancrés dans la mémoire de tous.
Il sera sans doute bien difficile de trouver un texte qui allie enthousiasme, élévation de pensée, et soit susceptible de rassembler le plus grand nombre. Je vous souhaite bonne chance, en tout cas."

 

 

IAM, groupe de rap
« 
Défilent sur des chars le 14 , ils se pignolent au son de La Marseillaise
Et d'une imagerie guerrière qu'ils veulent tranquillement refiler aux élèves
 » (La Fin De Leur Monde)

 

 
Albert JACQUARD, généticien et philosophe :

« Vraiment, ne faut-il pas avoir abandonné tout bon sens, toute raison, tout contact avec la réalité, pour appeler aujourd'hui les petit Français à abreuver les sillons de leurs campagnes du sang impur de ceux qui viennent égorger leurs compagnes ? [...] La réponse à ces critiques est, bien sûr, que les paroles des chants patriotiques sont dites sans que personne n'ait plus conscience de leur signification. Certes; mais est-il de bonne pédagogie de faire comprendre à des jeunes que les mots ne sont que des sons, que des phrases entières peuvent être dites sans que l'intelligence y prenne la moindre part ? » Petit abécédaire de culture générale, Albert Jacquard, éd. Points, 2010, Nation, p. 86

 

 
Dominique JAMET, directeur de la Grande Bibliothèque de France. (réponse à l’Abbé Pierre)
" Anachronique, pompeux et belliciste, le chant qui symbolise la France ne parle, en termes devenus incompréhensibles pour le grand public, que de couper un maximum de cous ou de percer le maximum de ventres au maximum de traîtres, de princes, de perfides, de traîtres conjurés et de complices de Bouillé. Est-ce bien raisonnable, est-ce bien sympathique, est-ce bien conforme à l'image d'elle-même que veut et doit donner la France ? Enfants de la patrie que nous sommes, et fiers de l'être, est-il indispensable que nous mettions encore la baïonnette au canon pour aller aux chants dont un sang impur abreuve les microsillons? Faire sa toilette à la Marseillaise s'impose. "

 


Geneviève JURGENSEN, écrivain, journaliste, fondatrice de la Ligue contre la violence routière :
« Tout fut symbole en cette matinée du 11 novembre...
Puisqu'on en est à l'évolution du vocabulaire, il m'a semblé pour la première fois clair que
nous devrions autoriser et même exiger l'évolution des paroles de notre hymne national. Pourquoi s'arc-bouter sur quelques lignes insupportables à beaucoup ? Les allemands, après la seconde guerre mondiale, ont été contraints de s'adapter aux circonstances en choisissant la continuité de l'hymne sans plus chanter les couplets désormais malvenus. Grâce à quoi ils ont préservé leur histoire et, au passage, la magnifique mélodie composée par Haydn qui touche bien au-delà des frontières. Il est toujours difficile d'admettre que ce qui vous fut enseigné comme sacré puisse le devenir moins ou, pire, soit désormais inapproprié. Serait-ce pourtant faire injure à tous ceux qui sont morts pour la France et son idéal que de tenir compte des sensibilités d'aujourd'hui ? Ne resterions-nous plus fidèles sur le fond si nous ne valorisions à ce point la forme ? Le Président de la République souhaite que notre hymne soit mieux connu, plus volontiers chanté. C'est la moindre des choses, mais ce chant guerrier ne nous rassemble plus... J'aime les commémorations, j'aime les symboles, j'aime que l'espoir prenne racine dans les sacrifices consentis par nos prédécesseurs. Mais pour avoir vu la veille avec quelle solennité les Anglais accueillent le retour des dépouilles de leurs soldats tombés en Afghanistan, ayant vu récemment des images similaires et bouleversantes retransmises du Canada, je me suis demandé comment, avec notre goût des cérémonies, notre attachement à notre hymne guerrier, notre culte ostensible de la mémoire, nous pouvions nous montrer si éloignés de notre armée d'aujourd'hui, et pourquoi nous ne savions plus saluer leur sacrifice et jeter des fleurs au passage sur les cercueils de ces soldats inconnus. » (la croix, le 14/11/2009)

 

 

Jean-Claude KAUFMANN Sociologue, écrivain
« 
Qu’un sang impur abreuve nos sillons !

Les symboles de l’identité nationale ne peuvent rester figés trop longtemps dans un passé révolu. Parce que l’histoire se réécrit au présent, et parce que l’identité nationale est elle-même en renouvellement permanent. Changer un de ces signes de ralliement est donc un moment riche et fort pour un pays. La Nouvelle-Zélande a lancé un appel à idées, et chacun y va de son dessin, parfois radicalement réjouissant et surprenant... Pourquoi ne pas oser des drapeaux et des hymnes gais, heureux, chaleureux ? Des drapeaux qui font rire et sourire ! Pourquoi ne pas réécrire un peu (ou beaucoup) la Marseillaise ? On se souvient du scandale provoqué par Serge Gainsbourg (on ne touche pas à une sainte relique !) et l’on sait que les paroles de la Marseillaise sont à replacer dans leur contexte (la guerre révolutionnaire de défense de la Nation). Mais franchement, « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! », ne trouvez-vous pas que ce sont là des mots qui ne vont plus du tout dans notre société menacée par des éclats de violence haineuse ? »

 


KENNEDY, rappeur
« Nique les paroles racistes de La Marseillaise » (Nique sa mère)
« Douce France, cher pays de mon enfance Mon Grand-Père a fait la guerre pour la France...
Partout où j'passe les regards me dévisagent Ok j'suis pas le bienvenu mais j'suis là
Franchement, Chirac me voit comme un extraterrestre Mais il est fier quand Zidane chante la Marseillaise...
J'ai vu la France comme une terre d'accueil Je peux pas m'taire quand un poulet me dit "ferme ta gueule"
Mon cœur un bunker, je sens plus la douleur Dans nos quartiers on voit l'Hexagone en couleur
Des Blancs, des Jaunes, des Beurs et des Noirs Que le gouvernement s'efforce de mettre à l'écart
Marianne me rejette, ce soir le drapeau est en berne Je suis qu'un Bâtard de Français. Une partie d'ma culture est française, ma Lady est française
Ils disent qu'il faut qu'j'm'intègre mais moi je suis français
Quand j'vois ces sales flics, j'vois des meurtriers potentiels
Les fachos font des UV, j'suis l'éternel suspect
La juge n'a qu'à m'sucer, il y a qu'Dieu qui peut m'juger...
J'suis qu'un petit rappeur petit-fils de tirailleur J'aime la France, je sais qu'y a pire ailleurs...
On m'a dit bonjour j'ai répondu Salam Aleikoum Jamais les yeux j'baisserai, fier je resterai...
C'que j'souhaiterais, qu'on m'traite comme un Français à part entière et pas comme un Bâtard de Français» dans « bâtard de français »

 


Alain KRIVINE, candidat historique de la LCR, n'a guère de considération pour La Marseillaise, pas plus que pour le drapeau tricolore: «C'est avec ça qu'on écrabouillait les gars en Indochine ou en Algérie…»

 

 

Arlette LAGUILLIER, femme politique française d'extrême gauche
« oui la Marseillaise était un chant révolutionnaire pendant la révolution française, mais l'histoire est passée par là, et c'est en son nom, au nom du drapeau tricolore que la bourgeoisie française a mené bien des guerres de conquête coloniale » (La Marseillaise, l'éternel champ de bataille, Mathieu Schwartz, France 5, 2016)

Quand Sarkozy dit "Chanter la Marseillaise n’est pas ringard. S’émouvoir devant le drapeau tricolore n’est pas démodé. Aimer sa partie n’est pas dépassé.", Arlette Laguiller lui répond tout de go "Non, ce n’est pas ringard, mais elle représente une révolution du passé… de la bourgeoisie… aujourd’hui, c’est une autre révolution qu’il faudrait… Et si une telle révolution se produisait, un autre chant plus humain, plus fraternel devrait remplacer la Marseillaise révolutionnaire et guerrière qui fait dire aux enfants, aux élèves et même aux footballeurs : ‘Qu’un sang impur abreuve nos sillons’". (Le site d’Arlette Laguiller dans la rubrique Sarko, Royal et compagnie).

 

 

Francis LALANNE, chanteur (sur Canal +)
"j'aurais très envie de réécrire des paroles à la Marseillaise, qui soient plus conformes à mon idéal :

Allons enfants de la patrie, notre idéal c'est de lutter

dans nos campagnes qu'on voie venir le monde entier

s'unir à nous dans l'amitié

tous ces gens qui migrants nous rejoignent

soyons chaque maillon de la chaine d'union

 nos armes nos âmes, c'est la chaine d'union"

 


François LEOTARD, député, pdt honoraire du Parti Républicain, ex ministre de la Culture
(réponse à l’Abbé Pierre)
" Je ne méconnais pas la noblesse des buts de votre association. Je n'ignore pas non plus comment certaines formules farouches de la Marseillaise peuvent choquer l'esprit du temps. Pourtant, je ne souhaite pas que l'on change la moindre formule, fusse une virgule, à notre hymne. Pour moi, la Marseillaise est une sorte de monument historique. Toute restauration ne peut se faire qu'à l'identique. S'il y a transformation, c'est du Viollet-LeDuc, et rares sont les monuments qui y survivent.
Il ne me déplaît pas, par ailleurs, que ce chant, dans ses vers abrupts, nous rappelle combien la frontière est fragile entre la recherche de la liberté et le basculement dans la violence. La révolution est un bloc ; elle a été violence et elle a été liberté. Une "actualisation" des paroles de la Marseillaise gommerait l'histoire. Faut-il réécrire Shakespeare parce que ses pièces contiennent des notations antisémites? Faut-il se priver des interprétations de Karajan puisqu'il dirigea devant Hitler? Je préfère ne pas entrer dans un engrenage orwellien.
Il y a peut-être lieu de trouver un nouvel hymne pour notre époque, mais alors, que ce soit quelque chose d'entièrement nouveau, paroles et musique, et non quelque raccommodage.


 

 

Bernard-Henry LEVY,

"Je déteste le nationalisme. Je crois, au plus profond de moi, que la construction européenne doit nous débarrasser de ce mixte bizarre de maurrassisme et de jacobinisme qui fait le fond de sauce de notre religion patriote. Je trouve que La Marseillaise... est un chant détestable et grotesque." (L'Express, 10 janvier 2005)

 

 

 


Evelaine LOCHU, institutrice qui a lancé une
pétition pour un changement des paroles
« Liberté, égalité, fraternité […] Peut-on réellement se réclamer de ces valeurs et chanter sans état d'âme des paroles qui distinguent sang pur et sang impur, qui distillent la peur et la haine des ennemis, ces féroces soldats, ces barbares qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes ? […] Finissons-en avec la haine de l'autre, de l'étranger ! A la tyrannie sanglante, opposons l'état de droit et la justice pour tous ! Face à la tentation du repli identitaire, ayons le courage de pousser la porte de ce voisin qui ne nous ressemble pas et construisons ensemble une démocratie saine et généreuse. La France se veut porte-parole des droits de l'Homme. Elle ne peut plus se permettre cette incohérence entre ce noble dessein et cet hymne national au goût de sang. »

 

 


Emmanuel MACRON, Président de la République

 

"Aujourd’hui, la France vous offre un autre chant, celui dont les prisonnières de Ravensbrück avaient brodé les premiers mots sur des ceintures de papier ; et qu’elles chantèrent le 14 juillet 1944 devant les S.S médusés. Ce chant que les déportés, chacun dans leur langue, entonnaient lorsque leur camp était enfin libéré, car ils le connaissaient tous par cœur. Ce chant dont le monde a résonné lorsque la barbarie de nouveau a montré chez nous sa face hideuse. Ce chant c’est celui de la République, c’est celui de la France que nous aimons et que vous avez faite plus grande et plus forte. Qu’il soit aujourd’hui, Madame, le chant de notre gratitude et de la reconnaissance de la nation que vous avez tant servie et qui vous a tant aimée. Ce chant c’est la Marseillaise. Vive la République, vive la France » (Cérémonie d’entrée au Panthéon de Simone Veil, 1er juillet 2018)

 



Jean-Claude MAILLY, secrétaire général de Force ouvrière
«les paroles sont guerrières mais c’est
l’hymne national, c’est le genre de choses auxquelles il ne faut pas toucher, au même titre que la Constitution. » 14/1/2015

 

 

Joël MARTINE, psychanalyste :
«Politiquement, en 1792, le Chant de guerre pour l'armée du Rhin, qui allait devenir la Marseillaise, était un appel à une guerre citoyenne de défense de l'indépendance nationale et de la liberté. Pourquoi diable les révolutionnaires ont-ils chanté cette guerre comme un sacrifice humain, par lequel le sang ennemi servirait magiquement à fertiliser notre terre? De quoi ce refrain est-il la métaphore (1)? Les ennemis de la patrie porteraient-ils leur indignité jusque dans leur sang? Est-ce à dire que les patriotes auraient quant à eux le sang «pur»? Bien sûr cela évoque irrésistiblement, surtout au XXe siècle, le mythe d'une pureté de la race nationale: «Blut und Boden». Comment se fait-il que depuis deux cents ans le pays de Descartes et des Lumières puisse charrier un imaginaire aussi stupide dans les paroles sacrées de son hymne national? ...

il est clair que l'intention prêtée à ces ennemis bestiaux d'égorger vos fils et vos compagnes vous autorise (selon une loi du talion implicite) à les saigner à leur tour comme des bêtes.

...Toute menace contre la nation et son unité sera vécue quelque part comme un danger pour l'intégrité narcissique" mais aussi comme une bonne occasion de désigner un ennemi, dont le dénigrement et l'éviction permettront de reconstituer imaginairement l'intégrité de la communauté (soit, comme disent les psychanalystes de «réparer le bon objet»). Ainsi, le devoir d'allégeance à la collectivité, qui dans une certaine mesure est rationnel, passe par un devoir irrationnel de haine et de cruauté contre le bouc émissaire.
On peut alors comprendre en quoi les ennemis ont «le sang impur».
Si la diabolisation de l'ennemi sert, fantasmatiquement, à reconfirmer la patrie comme bon objet, alors il est logique que par contraste avec la patrie pure de tout mal, les méchants soient «impurs» et il est logique que le meurtre solennel des forces du Mal contribue au renforcement de la patrie du Bien" Cette logique de l'irrationnel vient se condenser dans la métaphore agraire de l'engrais qui «abreuve nos sillons», déchets organiques qui en pourrissant alimentent la terre nourricière. Il y aurait sans doute plus à dire sur l'image des sillons, terre à la fois blessée et ennoblie par le soc phallique du laboureur. Mon intention n'est pas ici de mener très loin l'analyse, mais de rappeler qu'en deçà de ses significations politiques, qui sont rationnellement justifiables (pourquoi ne pas défendre avec enthousiasme la libre citoyenneté contre la tyrannie?), la Marseillaise fonctionne sur le mode des fantasmes archaïques, aussi violents qu'irrationnels. Y a-t-il un psy pour la nation ?... » (Libération 13 juillet 1998)

 

 

Jean-Luc MELENCHON demande de ne pas chanter l'internationale, pas assez rassembleur, va lire un poème de Maurice Carême – et il nous fait une petite remarque sur la Marseillaise :
« 
[le poème] Ça s’appelle Liberté, c’est notre dénominateur commun et c’est avec ça que je finis, avant qu’on commence par chanter, si vous voulez bien, le chant des insoumis, la Marseillaise – et arrêtez de vous braquer quand on vous parle du sang impur ! Bon sang, renseignez-vous : c’est le sang des pauvres, le sang impur. Ils disent c’est nous, allez, nous on n’a peur de rien » [quelques applaudissements]. Voilà pourquoi ils le mettaient dans la chanson ».  (en meeting)
« Moi je ne veux pas d’une ethnicisation gauloise du débat. Mais oui, je dis que nous sommes les filles et les fils des Lumières et de la grande Révolution ! A partir du moment où l’on est français, on adopte le récit national. » (le 27 septembre 2016, à Boulogne-sur-Mer)

 

 

Macha MERIL, actrice

 « Moi présidente, la première mesure que je prendrais, ce serait de changer les paroles de la Marseillaise. Je proposerais à tous les Prix Goncourt de s'y coller, parce que le sang impur...

La France a changé et il faudrait savoir qu'est-ce qu'on voudrait que les autres sachent de la France ? Qu'est-ce que le monde comprend de la France, et qu'est-ce que nous-mêmes nous pensons de la France ? Donc cette histoire de Marseillaise ce n'est pas si anodin que ça... C'est une chose très centrale et comme j'ai bien peur qu'un président (e) ne peut pas agir sur l'économie et sur les autres questions du pays au moins qu'on agisse sur le symbolique, et le symbolique c'est fort important.

 Il faut définir la France, et ce serait une occasion de la définir. Ce serait pas mal qu'elle reflète une réalité française.

 - Mme la présidente Macha Méril, vous imaginez les débats, les polémiques que ça susciterait

 - formidable

 - ça vaudrait vraiment le coup de s'étriper alors qu'il y a tant de problèmes à régler dans ce pays

- écoutez, je trouve que ça vaut les autres batailles parce qu'on entend les gens s'étriper sur des détails encore plus infinitésimaux. Un hymne national, vous savez, je suis assez sensible à la musique, assez sensible à ce qui se chante, ce qui se chante tous ensemble. La mémoire collective, elle commence par la musique, par les chansons. Donc je crois que ça a un pouvoir immense et puis attendez, ça va être rigolo d'entendre s'étriper Christine Angot et Pivot et toute la clique. Moi je veux les entendre justement sur cette question là.
- Macha Méril, changer les paroles de la Marseillaise, pourquoi pas, mais pourquoi ne pas changer carrément d'hymne ? Certains disent que le chant des partisans, par exemple, pourrait faire l'affaire ou...

- mais non, parce que la musique entre dans l'inconscient collectif, beaucoup plus que les paroles. La preuve, c'est qu'on ne s'en souvient pas des paroles. La musique, elle est éternelle. Elle est très réussie, en plus, la musique de la Marseillaise. Coup de bol, c'est un très bon hymne, donc ne changeons pas et puis ça prouve que la musique, qui est une arme qui va directement dans le cœur, est plus forte que les mots, même si la France est un pays de mots. » (Radio France, 3/11/2016)

 

 

 

 

 

Bertrand MEYER, professeur à Polytechnique, Stanford, créateur du langage Eiffel

 

  « Il est temps de réformer ce chant raciste et haineux. Qu’il ait joué son rôle n’est pas la question. La révolution avait ses ennemis, elle se défendait. Quand nous l’invoquons aujourd’hui, cette révolution, ce n’est pas à Robespierre et à l’assassinat de Lavoisier (la république n’a pas besoin de savants) que nous devrions faire appel, mais à son message de liberté et de fraternité. Assez de sang, de batailles, de férocité. Place à ce qui nous définit vraiment aujourd’hui.

 

Il ne s’agit pas de changer tous les ans d’hymne national en réponse aux modes. Il sera toujours, par nature, un peu déphasé. Mais après deux cent treize ans de Marseillaise, dont cent trente-six ans de service continu comme chant officiel du pays, il est temps de se séparer des relents les plus honteux de son texte d’origine. La musique restera, assez bonne pour avoir été reprise par Schumann, Tchaikowsky, Beethoven, Rossini et bien d’autres ; mais les paroles doivent être adaptées à ce qu’est la France moderne, tournée vers  l’avenir.

 

Seuls les peuples faibles ne savent s’unir qu’à travers la détestation des autres. Leurs chants sont emplis de rejets et de négations. Les peuples forts s’appuient, eux, sur des images positives. Quelle formule projette le mieux  l’attitude fière d’une nation confiante en son avenir : “contre nous, de la tyrannie, ou “avec nous, la démocratie ? “Un sang impur ou “nos coeurs purs?  “Égorger ou “admirer ? Jugez-en... »

 

 

 

Yves MICHAUD, philosophe, Concepteur de l'UTLS et des forums de la démocratie et du savoir :
« J'avoue que j'ai, comme probablement bien d'autres, une réticence à chanter cet hymne compte tenu de ses paroles devenues aujourd'hui insupportables ou ridicules. Insupportables si on les prend à la lettre. Ridicules si on s'efforce de les prendre au second degré. A la rigueur, ces paroles sanguinaires peuvent se brailler avant qu'une quinzaine de gaillards bodybuildés tentent d'aller étriper une autre équipe de boeufs jouant au rugby - on en rira lors de la saoulographie d'après-match... Pour le reste, cet hymne est "insortable" dans des conditions solennelles. 
Je me suis toujours demandé pourquoi un Président sensé n'avait jamais envisagé de confier à quelques-uns de nos grands poètes - il y en a, de Bonnefoy à Deguy ! - un essai de réécriture de ces paroles devenues ineptes. »

 

 

 

 

 

Danielle MITTERRAND, présidente-fondatrice de France-Libertés. (réponse à l’Abbé Pierre)
" Il est vrai que les paroles de notre hymne national sont très guerrières et qu'elles peuvent choquer les esprits pacifiques, parmi lesquelles je me compte.
Il est vrai aussi qu'il fait partie de notre histoire et fut composé à une époque ou les Français devaient défendre nos frontières. Qui aurait pu penser à l'Europe en ce temps-la...
Je ne rédigerai pas de texte, car
je ne peux argumenter à la fois le pour et le contre. "

 

 

Théodore MONOD, membre de l'Académie des Sciences
:
« Notre fête nationale va(...) nous réga­ler de défilés militaires et de ces flonflons guerriers dont Einstein disait : « Celui qui est capable de marcher derrière une musique militaire n'a pas besoin d'un cer­veau : une moelle épinière lui suffit. ».
Elle va
[aussi] nous gratifier d'une sur­abondante ration de Marseillaise, en nous obligeant à reconnaître, voire, pour beau­coup, à découvrir que la France, la France pacifique, lumière des nations, flambeau des peuples, avant-garde de la fraternité universelle, la France ceci, la France cela, n'a pas de chant plus officiel et plus sacré qu'un appel aux armes, aggravé d'un refrain sanguinaire et raciste.
Personne ne s'en émeut, personne même (circonstance atténuante ?) ne s'en aperçoit. Et pourtant, l'évidence crèverait les yeux d'un enfant, car accepter qu'il existe des sangs
«impurs », et qu'il importe d'en «abreuver» la terre, c'est tout de même un peu gros pour ne pas être remarqué, non?
Je sais bien - et c'est la réponse habi­tuelle à notre émotion - qu'on chante sans comprendre et en tous les cas sans réflé­chir : belle excuse, en vérité ... En fait, le cas serait alors plus grave
encore.
On admettrait, en le déplorant, qu'un État raciste ait la triste franchise de réciter son credo, mais voir un pays se disant foncièrement pacifique contraindre d'in­nocents bambins à chanter un péan et un appel au meurtre, cela passe l'imagina­tion.
Ne serait-il pas temps, grand temps, de mettre fin à une contradiction de pareil calibre? Les projets de
Marseillaise "humanisée" et "pacifiée" ne manquent pas depuis Victor Hugo et il en est d'ex­cellents. La mélodie serait, elIe, évidem­ment conservée.
On serait d'ailleurs heureux de savoir combien il y a de par le monde d'hymnes natio­naux osant faire de la guerre un idéal et du sang versé un quasi religieux sacrement. » le
Monde (1975 et 77)
Que pourrait penser un témoin impartial venant aborder notre planète, d'un pays où l’on contraint d’innocents bambins à s'égosiller pour appeler de leurs vœux l’abreuvement des paisibles champs de leur village par un sang impur  ? Que conclurait-il d’entendre un sauvage cri de guerre qu’il convient d’écouter tête nue, au garde à vous, comme devant je ne sais quelle monstrueuse idole ? Comment accepterait-il sans rire les protestations d’antiracisme de ceux qui tiennent à ce qu’il existe plusieurs sangs, les uns purs, les autres impurs, ces derniers bons tout au plus à engraisser la terre et qu’il importe de verser avec allégresse ? (l’Elan, 1997)

 

 

 


Edgar MORIN, sociologue et philosophe :

 

« La Marseillaise, que l'on chante désormais dans une étonnante unanimité, des communistes aux lepenistes, vient d'être brutalement mais justement secouée. Cela ne vient pas de la ministre Christiane Taubira, qui a préféré commémorer l'esclavage en se recueillant plutôt qu'en chantant l'hymne qui a accompagné toutes les aventures de la France une bonne part du XIXème siècle, mais aussi les cruelles expéditions coloniales, couvrant d'un voile glorieux les méfaits de la colonisation. Cela vient de l'acteur Lambert Wilson, qui, à la suite des remous anti-taubiresques causés par la droite, s'est soudain senti honteux des paroles – racistes, dit-il abusivement –, en fait sanguinaires et vengeresses, du 1er couplet, que l'on chante en ignorant les autres. Comme ce couplet apparaît révoltant et absurde si on le place dans notre conjoncture actuellement pacifique, j'ai voulu expliquer pourquoi il me paraît important de l'assumer quand même.

 

Cet hymne de combat est un hymne d'éveil et de résistance à l'invasion des armées royalistes conjurées. Le danger est alors mortel pour la République naissante. Son caractère sanguinaire est lié à ce moment d'exaltation, voire d'ivresse vitale. Et surtout, il lie indissolublement l'identité de la République à la résistance aux tyrannies. Il lie non moins indissolublement l'idée de République à l'idée de France.

 

Vichy a supprimé ce premier couplet, par haine de la République, et effacé la résistance à l'invasion parce qu'il pratiquait la collaboration avec l'envahisseur. Certes, le couplet qui l'a remplacé a sa beauté dans « amour sacré de la Patrie », mais il élimine la République de l'identité française. Vichy fut raciste (et non le 1er couplet de La Marseillaise, qui est certes sanguinaire, mais dans l'ivresse guerrière). Or ce caractère sanguinaire est ouvertement répudié pour l'après-victoire. La strophe sur le « sang impur » choque légitimement aujourd'hui. Mais le caractère racial du sang n'est nullement présent dans la conscience des révolutionnaires du XVIIIe siècle. Il n'apparaîtra qu'avec les théories racistes de Gobineau et du nazisme.

 

Le 7e couplet introduit les générations futures dans la continuité républicaine et tyrannicide.

 

Le suivant est déiste. Il nous évoque le culte de l’Être suprême de Robespierre et aussi le Gott mit uns (« Dieu avec nous ») des Allemands. Il fut supprimé par Joseph Servan de Gerbey, ministre de la guerre, en 1792.

 

Le 9e ajoute l'idée d'égalité à celle de liberté ; il faudra attendre 1848 pour la devise « Liberté, Egalité, Fraternité ». Le 10ème porte un ultime anathème à la royauté.Les 10ème et 11ème couplets sont les deux couplets sublimes qui lient patriotisme et universalisme et préfigurent les thèmes de L'Internationale.Les 13è et 14è sont négligeables. Le dernier ouvre un avenir apaisé.

 

Le 1er couplet de La Marseillaise, qui est seul exécuté, mémorisé et chanté, surprend. Cet hymne de combat (il fut celui de l'armée du Rhin ) est tout à fait différent des hymnes nationaux, qui sont quasi religieux et liturgiques, à la Nation (Deutschland über alles, « l'Allemagne au-dessus de tout ») ou à la royauté, symbole de la Nation (God Save the King, « Que Dieu sauve le roi »).La Marseillaise dans son intégrité est donc un grand hymne où sont associées Nation, République, universalisme, liberté, dans une intensité frémissante qui est justement celle de l'an I, de Valmy, du moment fondateur de la France républicaine et du moment paroxystique de la défense de la liberté nationale. Le premier couplet porte cette marque. Il est remémorateur, commémorateur, régénérateur.
En dépit de
ses excès de langage qui, en contrepartie, apportent un extrême romantisme, il doit être conservé. En revanche, il faut ressusciter le 11ème et le 12ème, qui correspondent si bien à nos temps planétaires d'interdépendance des peuples et de communauté de destin de toute l'humanité. Ils portent en eux l'universalisme de l'ère planétaire déjà présent dans le message de La Marseillaise. Enfin, La Marseillaise est un hymne d'éveil et de résistance qui a valu pour les résistances qui ont suivi, qui vaut pour celles que nécessite notre temps, et qui vaudra pour les résistances futures. » (le Monde, 16/5/2014)

 

 

 

 

 

Pierre MENAGER, animateur du site Une autre Marseillaise pour la France (en réponse à Edgar Morin)
« 
Cher citoyen MORIN,
Comment un homme aussi émérite que toi peut-il se laisser aller vers un tel conservatisme ?
Comment défendre en 2014 les paroles du premier couplet de la Marseillaise et son refrain, devenu de fait l’hymne de la France ? Comment défendre aujourd’hui ce mythe fabriqué de toutes pièces au milieu du 19ème siècle par un cercle d’artistes et de politiques, pour les besoins cocardiers d’une autre époque.
Comment peut-on affirmer cher camarade citoyen, que ce premier couplet avec son refrain sanguinaire peut apparaître « révoltant et absurde » seulement au regard de « notre conjoncture actuellement pacifique »…
Te voilà donc à ton tour réactionnaire, ennemi de la civilisation humaine.
La violence appelle la violence…
Depuis deux siècles ces paroles excitent notre pornographie sanglante, inculquées dès notre plus jeune âge : a-t-on le droit d’y échapper… de devenir libre de la haine ?
« Qu’un sang impur abreuve nos sillons » signifie une
intention de transformer l’autre « en engrais, en fumier liquide »… Est-ce cela ton projet civilisateur ?
Notre époque est celle de tous les dangers : nous pourrions peut-être demain refaire une guerre pour une cause, une liberté, un égoïsme… S’il nous faut combattre : que nos cerveaux soient enfin libérés du « chant au sang impur » afin de désigner par d’autres mots nos ennemis, aussi appelés nos frères humains.
Sais-tu camarade citoyen que ces mots, dès l’origine, ont accompagné des dizaines de milliers de Français vers la monstrueuse guillotine, placé des villes entières sous le joug de la barbarie (Marseille, Toulon, Lyon, Paris, Bordeaux, etc, etc…). Sais-tu que ces mots ont aussi accompagné les meurtres de centaines de milliers de vendéens en 1794 ? Militairement vaincus ils avaient déposé leurs armes et demandé grâce. Hommes, femmes, femmes enceintes, enfants, bébés, vieillards, handicapés…vont être massacrés au son de la Marseillaise. Génocide pour Gens simples, anéantis essentiellement pour leurs convictions religieuses et politiques différentes des « guides » révolutionnaires qui s’étaient autoproclamés « les purs »… Quand tes yeux vont-ils enfin se dessiller avant de quitter ce monde ?
Tu crois citer l’hymne allemand en mentionnant le « Deutschland über alles » mais tu feins d’ignorer que les Allemands ont déjà fait ce travail sur leur hymne, intitulé Deutschlandlied (chant d’Allemagne). Ils ont supprimé les paroles ambivalentes depuis 1991. Tu ne peux l’ignorer mais n’en dis mot pour servir une cause déjà perdue sur le méridien de l’histoire humaine.
Oublies-tu que plus de 20 pays à travers le monde ont revu leur hymne dont la Russie qui a changé les paroles du sien en 2000. Alors gardons la musique unique entre toutes et dont l’ensemble des chercheurs en musicologie depuis l’origine doutent fortement qu’elle soit de Rouget de Lisle… Oui, composons de nouvelles paroles pour que s’élève enfin une autre Marseillaise sur la France. Ce ne sera pas « la destruction du lien filial à la république » mais le début d’une vraie révolution des consciences. Salut et Fraternité »

 

 

 


René NABA, responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’AFP
« L’identité française, son honneur et sa grandeur se vivent et se revendiquent dans le « rôle positif » de la colonisation avec le Docteur Albert Schweitzer de Lambaréné (Gabon), et, dans les 955.491 soldats coloniaux de l’outre mer qui ont combattu pour la France durant les deux guerres mondiales (1914-1918, 1939-1945), dont 113.000 « indigènes de la République » tombés sur le champ d’honneur, abreuvant durablement les sillons de France de leur « sang impur ». 113.000 indigènes morts pour la France, soit autant que la population conjuguée des villes de Fréjus, Henin-Beaumont et Beaucaire, les trois fiefs du Front National, sans qu’il ait été question alors de « seuil de tolérance », encore moins de test ADN, ou de charters de la honte, mais de sang à verser à profusion. »

 

 

 

 

 

NICOLETTA, chanteuse : « Moi je la chante, je l'ai chanté pour des 14 juillet, mais j'ai supprimé les refrains « pénibles » » (France 2, on n'est pas couché, 23 février 2008)

 

 

 

 

 

 Danièle OBONO, figure de la campagne du candidat JC Mélenchon «La Marseillaise, c'est pas ma tradition. C'est un chant révolutionnaire mais il a été l'emblème des guerres coloniales. Je préfère L'Internationale.»

 

 

 

 

 

 Professeur Claude OLIEVENSTEIN, médecin-chef de l'hôpital Marmottan.
" Pour moi, la Marseillaise reste l'hymne de la Révolution française, à laquelle s'identifient encore aujourd'hui des millions de personnes dans le monde. Elle est aussi le seul hymne qui m'ait fait pleurer dans des circonstances graves ou bêtes, notamment lorsque j'ai vu ou revu le film Casablanca.
Il est vrai que certaines paroles sont archaïques et cruelles, et que nous pourrions les améliorer. Pourquoi ne pas organiser un grand concours dans les écoles
(ce qui aurait le mérite de sensibiliser les jeunes) pour trouver les mots les plus justes et les meilleurs, non seulement pour aujourd'hui, mais pour demain? " (réponse à l’Abbé Pierre)

 

 

 


PERROCHAUD artiste
 « Si le biniou régionaliste me tape sérieusement les tympans,
les paroles belliqueuses de La Marseillaise et son sang impur me glacent mon sang à moi !
Je me revois à l’école, chantant à pleine voix cet appel au meurtre.

 

Changeons les paroles de cette foutue chanson ! »

 

 

 


Edwy PLENEL, journaliste, décrit par Dimitri Casali :
« A l'émission Le grand Journal de Canal+, le journaliste Edwy Plenel s'en est pris à l'hymne national en rabâchant des inepties habituelles bourrées de contrevérités historiques : La Marseillaise était par lui qualifiée de « chant de haine et de propagande...», ajoutant que c'était aussi de la « propagande de la faire enseigner à l'école » ! Et sur le plateau de Michel Denisot, tous les invités se moquaient de notre hymne national en débitant des âneries, dissimulant mal l'ignorance et l'inculture du milieu journalistique. » (d'après L'histoire de France interdite, Dimitri Casali, éditions Jean-Claude Lattès, 2012)

 

 

 

 

Bernard PONS, ancien ministre, député, secrétaire général du RPR
" Sans méconnaître l'esprit de votre démarche, je tiens à vous indiquer que, pour ma part, une telle éventualité (le changement de paroles) ne saurait être envisagée concernant l'hymne national de la France. Ce chant, que nous avons hérité d'une grande période de notre histoire, constitue en effet à mes yeux un témoignage inaltérable de l'attachement de nos compatriotes à leur patrie et de l'adhésion de tous à une haute idée de l'identité nationale. " (réponse à l’Abbé Pierre)

 

 

 


Olivier POSTEL-VINAY Fondateur et directeur du magazine «Books»

 

 « Question à poser au Conseil constitutionnel : comment remplacer les deux dernières lignes du refrain, «qu’un sang impur abreuve nos sillons» ? La formule paraît moins refléter l’esprit d’un pays libéral avancé que celui des terroristes de Daech. Ceux-là mêmes à l’encontre desquels la révision de la Constitution est proposée. »

 

 

 

 
Philippe POUTOU, NPA
«Je ne l'ai jamais chantée». «À l'armée, j'ai fait du play-back» (Seules références valables: le drapeau rouge et L'Internationale).

 

 

 

 
HUBERT REEVES, astrophysicien, en réaction aux attentats de janvier 2015 en France :

 

'La spontanéité et la vigueur de la réaction, en France et sur toute la planète, font chaud au coeur. Car, à l'étranger aussi, des hommes et des femmes ont déclaré qu'ils étaient "Charlie". Elles ont montré, magnifiquement, l'attachement que nos frères humains ont pour la liberté d'expression, indissociable des droits de l'homme. "Pourvu que ça dure", est-on tenté de souhaiter. Mercredi 7 janvier 2015, en réaction aux crimes des terroristes de Daesh, place de la République - lieu choisi avec grande pertinence -, une foule s'est assemblée, chantant avec ferveur la Marseillaise. La contradiction flagrante entre les sentiments humanistes qui les animaient et le contenu de certaines des paroles chantées mérite d'être signalée. Les manifestants voulaient témoigner leur opposition déterminée à ceux qui venaient de violer, de la façon la plus outrageuse, une des acquisitions de la Révolution française : les droits de l'homme et, en particulier la liberté d'expression. Le sens de certaines paroles prononcées est profondément contraire aux sentiments exprimés. En cause : "qu'un sang impur abreuve nos sillons".

 

 Ce qualificatif "impur", quel qu'en ait été le sens lors de l'écriture de la Marseillaise, n'est plus acceptable aux enfants de France et du monde. Et si la Marseillaise fut un chant patriotique qui eut sa justification, ne plus verser le sang est un sublime idéal à promouvoir...

 

 Peut-on espérer que les événements récents mettent en évidence ce hiatus entre les sentiments exprimés par des humains se reconnaissant dans les valeurs d'une démocratie moderne et les paroles de la Marseillaise. Une belle occasion s'offre ici d'effacer ces mots d'un autre âge. Ils sont indignes de ceux qui ont magnifiquement montré leur attachement aux droits de l'homme, de tous les hommes. Le concept de "sang impur" est à bannir. Comme celui d'en abreuver la terre... »1

 

 

 


Alain REFALO, enseignant
"je suggère que nous rendions un grand service à la Nation en proposant aux élèves de réécrire certaines paroles de l’hymne national pour en faire véritablement un hymne à la fraternité. Car dans ce monde malade de la violence, c’est bien de fraternité dont nous avons besoin."

 

 

 


RENAUD, chanteur

 « la Marseillaise, même en reggae, ça m'a toujours fait dégueuler », (Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?)

 

 

Bernard RICHARD, historien
« 
D'un point de vue historique, la Marseillaise n'a absolument rien de raciste. Quand Antoine Barnave, un des premiers révolutionnaires, parle de "sang impur" en juillet 1989, il parle des ennemis de la Révolution. Le "sang impur", c'est le sang des ennemis de la liberté, qu'ils soient Français ou étrangers. Dire que la Marseillaise est xénophobe, c'est un détournement de sens, c'est ignorer son histoire, et sa place dans le patrimoine français et étranger. Il ne faut pas oublier que la Marseillaise est un chant de liberté et de libération, par lequel la France et d'autres pays se sont libérés. La Marseillaise a été interdite par les régimes monarchiques, sous l'Empire et sous l'occupation allemande justement parce qu'elle était un chant de liberté...

 

Vouloir changer les paroles de la Marseillaise, c'est une demande récurrente. Lambert Wilson s'inscrit dans une longue tradition de dénonciation de la Marseillaise. Déjà dans les années 1840, le poète Alphonse de Lamartine trouvait la Marseillaise trop belliqueuse, et avait écrit une version alternative, la "Marseillaise de la paix". En 1989, à l'occasion du bicentenaire de la Révolution, l'Abbé Pierre avait demandé de changer les paroles de l'hymne [il créera même plus tard une association "Pour une Marseillaise de la fraternité"].

 

Mais la Marseillaise est inscrite dans l'article 2 de la Constitution. Même si les paroles n'y sont pas détaillées, pour les changer, il faudrait sûrement que le chef de l'Etat modifie la Constitution. Et puis, vouloir changer les paroles, ça n'a pas vraiment de sens. C'est comme si on voulait changer le 14 juillet parce que cette date célèbre un événement sanglant de l'histoire. La Marseillaise fait partie de notre patrimoine, un patrimoine que l'on doit respecter et comprendre. On ne détruit pas Versailles sous prétexte que c'est un symbole de l'absolutisme !

 

- On a l'impression que la Marseillaise fait de plus en plus l'objet d'attaques, de remises en question. Est-ce dû à ces détournements, à sa réutilisation politique ?

 

- La Marseillaise, mais aussi la Marianne ou le drapeau tricolore sont souvent déformés, instrumentalisés. Chaque fois qu'un groupe prétend représenter le peuple français, il s'empare de symboles de la République, parce que ce sont des symboles de liberté. On l'a vu pendant les manifestations contre le mariage gay : les militants se sont réappropriés le bonnet phrygien, et ont même créé une Marseillaise de la Manif pour Tous.

 

En parallèle, on a aussi tendance à remettre en cause ces symboles, à les brocarder, peut-être un peu par goût de l'autodérision, si cher aux Français. Quand de jeunes beurs sifflent la Marseillaise, ils s'attaquent à un symbole vivant. La Marseillaise est le seul hymne figuré par un être-vivant, qui plus est par une femme, sculptée sur l'Arc de Triomphe. Finalement, le fait que la Marseillaise soit critiquée, déformée, attaquée, cela prouve sa vigueur, son actualité, cela prouve qu'elle a une importance dans la vie des Français. »

 

 

 

 

Jérôme RIVIERE, député, auteur d’un amendement sur la Marseillaise à l’école
« Si j’ai souhaité son enseignement, c’est bien pour que soit donnée aux enseignants une occasion supplémentaire d’insister sur notre histoire, celle d’un peuple qui a su gagner sa liberté.

 

Parler de la liberté, c’est l’occasion d’aborder dans les programmes l’État de droit, le respect, les devoirs et les droits des citoyens. L’apprentissage de « La Marseillaise » doit être l’occasion pour les jeunes Français de découvrir que si, après la Convention, toutes les républiques ont adopté « La Marseillaise », c’est que, plus qu’un régime particulier, ce chant reflète notre nation au sens exprimé par Renan : une grande solidarité constituée du souvenir des sacrifices passés et de ceux qu’on est disposé à faire encore.

 

 Malheureusement, dix ans après l’adoption de la loi, je constate avec tristesse que cet enseignement est très inégalement réalisé et que plus que jamais notre société sombre dans le communautarisme. Les symboles patriotiques sont importants pour tenter de rassembler les Français – on l’a bien vu avec l’appel du président de la République à arborer des drapeaux tricolores aux fenêtres après les attentats du 13 novembre. Mais sans les comprendre, cela reste artificiel. Plus que jamais, nous devons redonner du sens à notre envie de vivre ensemble ; « La Marseillaise » est l’un de ces vecteurs. »

 

 

 

 

 

Jean ROUAUD, écrivain, prix Goncourt 1990
"Est-ce que l'on attend de la nation qu'elle nous définisse une identité ? L'idée de nation est une idéologie et on sait ce qu'il advient quand une idéologie tranche entre ce qui est compatible ou non avec ses critères. Un magazine rappelait une déclaration de Claude Lévi-Strauss en 2005 : "J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent."…
C'est toujours suspect quand un concept se mêle des liens familiaux. Quand le Parti invente le camarade, la patrie ses enfants, la nation ses pupilles, la République le citoyen. Ce qui s'apparente à un dépouillage identitaire. Abandonne tout ce qui t'a fait, et rejoins-nous. Petite contrainte toutefois imposée à l'homme nouveau, rebaptisé de frais : Un Français doit vivre pour elle/Pour elle un Français doit mourir. Vraiment ? Brrr.
C'est précisément, cette dépossession de soi, cette aliénation de la volonté, ce que demande toute secte à ses adeptes. Faut-il inscrire la nation sur la liste noire des sectes ? Son bilan se mêle largement aux "désastres" terrifiants du XX
e siècle. Et on voudrait qu'elle en ressortît indemne ? Qu'on ne lui fît pas les procès intentés aux idéologies meurtrières ?
la seule question politique est celle du vivre ensemble. Ce qui implique de rechercher des objectifs allant dans ce sens...
La nation, en tant que couveuse républicaine, a fait son temps. Autant que la patrie. Le pays nous suffit bien. Et comme régime, la démocratie pour peu que tous aient leur mot à dire…
Et s'il faut absolument un chant à entonner
à pleins poumons au début d'un match, plutôt que ce refrain pompier aux paroles dignes d'Al-Qaida ("qu'un sang impur abreuve nos sillons"),... on pourrait choisir, par exemple, l'air du toréador de Carmen. Il serait approprié aux arènes modernes que sont les stades, et on y apprend que si nous devons prendre garde, c'est seulement à l'amour qui nous attend. Le Kop de Boulogne en serait tout retourné." (Le Monde, 12/12/2009)

 

 

 

 

André ROUX, Institut d’Études Politiques d’Aix en Provence

 

"Changer les paroles de «La Marseillaise » ne nécessiterait certes pas une révision constitutionnelle mais l’on peut émettre de vives réserves quant à l’opportunité d’un tel changement dans la mesure où il est loin de faire consensus."

 

Hymne national et Constitution (janvier 2017)

 

 

 

 

 

 

Ségolène ROYAL ministre et femme politique

 

 

 

 

 

 

 

«Ce n'est pas un chant sanguinaire et xénophobe mais un hymne révolutionnaire et patriotique... Louise Michel en avait les larmes aux yeux. Pour elle aussi, tant de fois emprisonnée, c'était un chant de liberté et de fraternité... Ce legs de ceux de 1789 et de Valmy mérite mieux qu'un contresens : que nous en assumions la transmission. Et plutôt que d'en changer les mots, que nous en fassions vivre le message (discours de Marseille, 2007)

"le sang impur, c’est celui de ceux qui verseront leur sang pour sauver la liberté. C’est ça qui est très beau dans la Marseillaise, ce n’est pas n’importe quel sang qui est versé ; c’est le sang des combattants qui sont prêts à mourir pour la liberté » (interview)

 

(à noter qu’après que Napoléon III ait rétabli l’hymne, Louise Michel le rejeta : « L'Empire l'a profanée, nous autres révoltés, nous ne la disons plus »)

 

 

 

 

 

Simone ROZES, Premier président honoraire de la cour de Cassation.
" La Marseillaise est un chant guerrier, appelant à la haine, à la lutte contre l'ennemi, destiné par ses images fortes - tyrannie, féroces soldats, égorger nos filles… - à entraîner le soldat vers l'anéantissement des adversaires.
La musique est excellente. Bien rythmée, entraînante, elle se prête aux ensembles militaires, aux parades, aux cérémonies officielles.
Les paroles devraient être modifiées, pour mettre en valeur les principes à défendre : la patrie, bien sûr, mais aussi l'amitié entre les peuples et leur nécessaire solidarité dans le monde d'aujourd’hui. " (réponse à l’Abbé Pierre)

 

 

 


Joseph ROZIER, évêque de Poitiers, président national de Pax Christi :
" Je suis tout à fait d'accord pour un changement du texte de la Marseillaise, dont les paroles, quel que soit leur environnement historique, ont aujourd'hui un contenu, non seulement obsolète, mais intolérable. Quand j’ai à m’associer au chant de la Marseillaise, je me contente, en conscience, d’un accompagnement de bouche fermée… J’apporte tout mon soutien, éventuellement ma collaboration, au projet . " (réponse à l’Abbé Pierre)

 

 

 


Dominique SCHNAPPER, sociologue et politologue :  
« Personne ne regrette les accents vengeurs de La Marseillaise et le « sang impur » de nos ennemis - ce qui a rendu impossible l'effort pour l'imposer dans les écoles » Histoire, citoyenneté et démocratie, Vingtième siècle, revue d'histoire, 2001, p 98

 

 

 


Edmond SCHWOB, grand rabbin de Nancy.
" Oui, j'approuve l'action menée pour une révision des paroles de la Marseillaise. Les mots "Qu'un sang impur abreuve nos sillons ! " sont en contradiction flagrante avec l'affirmation biblique de l'unité du genre humain. Ils m'ont personnellement choqué depuis toujours et, heureusement, ne traduisent plus l'esprit du Français de ce temps.
Cela dit, n'oublions pas que nos valeurs les plus précieuses de Liberté, d'Egalité et de Fraternité, ne sont jamais acquises définitivement. Il importe que nous exaltions le souvenir de ceux qui luttèrent jusqu'au sacrifice de leur vie pour une patrie qui est celle du droit.
Dans l'ardeur du combat, des paroles excessives ont été sacralisées : comprenons-le, sans continuer de les chanter. " (réponse à l’Abbé Pierre)

 

 

 


Philippe SEGUIN, ancien ministre, président de l'Assemblée Nationale et député-maire d'EpinaL
" Je comprends les raisons qui peuvent plaider en faveur d'une modification. Pour autant, mon souci d'authenticité l'emporte sur toute autre conviction. C'est sur ces paroles que nos ancêtres ont exalté et défendu la liberté. Elles gardent donc à mes oreilles une signification qui vaut par le rappel implicite de leur contexte.
En chantant et en disant : " Aux armes, citoyens ", je n'appelle évidemment personne à prendre les armes. Je célèbre plutôt un culte à des principes et à leurs défenseurs en prononçant des paroles qui ont une valeur quasi sacramentelle. Le prêtre n'est-il pas dans une situation analogue lorsqu'il prononce certaines formules transmises de siècle en siècle ? Pourquoi refuser au citoyen ce qu'on lui accorde ? "
(réponse à l’Abbé Pierre)

 

 

 

 
Michel SERRES, philosophe et académicien
« Ces paroles ignobles de la Marseillaise où on parle
du sang impur des ennemis, qui est un mot d'un racisme tel qu'on devrait avoir honte de l'enseigner aux enfants. Quels que soient les ennemis, qu'il aient un sang impur, c'est quand même d'un racisme, j'aurais honte de l'enseigner à mes étudiants, ils ont tous un sang pur et l'impureté du sang est quelque chose qui me fait horreur…
 Ce n'est pas seulement un imaginaire raciste, c'est une tradition qui a été si longue qu'elle a fondé beaucoup de traditions politiques, beaucoup de philosophies du droit
 » (France Culture, les vendredis de la philosophie du 9 mai 2008)

 

(voir sa chronique sur ce sujet dans la page Avis dans le domaine sportif)

 

 

 


SEYFU, rappeur
« Retiens bien qu’La Marseillaise est un appel au crime,
Un étendard sanglant pour un jour de gloire

Les armes aux citoyens c’est ce qui a motivé les émeutes de 2002
Enfants de la patrie victime de tyrannie » (Césarienne)

 

 

 


SNIPER, rappeur
« Monsieur le Ministre, oui nos paroles vous déplaisent
Mais que dire de celles de La Marseillaise ?
 » « La France, itinéraire d'une polémique)

 

 

 

 

Philippe SOLLERS écrivain(« Contre-attaque », Grasset, 2016).

 

« Je ne peux pas entendre "La Marseillaise" sans avoir un léger frisson »...« "Qu'un sang impur abreuve nos sillons…" j'ai toujours été réticent »


Malika SOREL, auteur, ancien membre du collège du Haut Conseil à l'Intégration et de sa mission Laïcité.
« Le peuple français se reconnaît dans sa Marseillaise. Le désamour des Français pour l'équipe nationale de football a été largement nourri par le refus de beaucoup trop de ses joueurs d'entonner l'hymne national. 63% des Français ont une mauvaise image de l'équipe nationale.
Quant à moi,
la Marseillaise m'a toujours remué les tripes. Dans mon cœur, la France est indissociable de la Marseillaise. Ses paroles portent la voix des aînés, de ceux qui nous ont précédés. Elles font à présent partie du legs indivis qu'évoquait Ernest Renan. L'historien et résistant Marc Bloch écrivait qu'il «est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France: ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération» et que «peu importe l'orientation présente de leurs préférences. Leur imperméabilité aux plus beaux jaillissements de l'enthousiasme collectif suffit à les condamner». Au sacre de Reims et au récit de la fête de la Fédération, j'ajouterais volontiers la Marseillaise! Le Président Hollande se trompe lourdement en qualifiant - depuis l'Arménie - de «ridicule» la polémique déclenchée par l'outrage de la garde des sceaux à la Marseillaise qui est, rappelons-le, inscrite à l'article 2 de la Constitution, et qu'au titre de l'article 5 de cette même Constitution, il incombe au Président de la République l'obligation de veiller sur son respect. Avec cette polémique, nous ne sommes pas à la périphérie de la politique mais en son cœur. Au travers de cette question de respect du peuple, de ses principes et de ses symboles, c'est celle de la représentativité des élites politiques qui est posée... La polémique sur la Marseillaise vient une nouvelle fois éclairer le gouffre qui se creuse jour après jour entre les élites politiques et le peuple français. Chaque nouveau coup de canif ne fait qu'effilocher un peu plus le lien de confiance jusqu'au jour où ce dernier rompra, comme il a déjà rompu au cours de l'Histoire. (Le Figaro, 14/5/2014)

 

 
Bernard STASI, ex-député de la Marne, médiateur de la République, vice-pdt de l’Assemblée
" Je souhaite vivement que les paroles de la Marseillaise soient changées. En effet, l'hymne national d'un pays comme la France doit exprimer des sentiments de fraternité universelle et ne doit pas être porteur d'un discours nationaliste, belliqueux et xénophobe, comme celui qui s'exprime à travers les couplets d'origine. "  (réponse à l'abbé Pierre)

 

 

Catherine STEINE, enseignante en Lettres et formatrice, dans le journal Alternatives non-violentes de mars 2016, intitulé “Changeons les paroles de la Marseillaise ?
Présentant les trois valeurs sur le même plan, la devise met en relief leur caractère indissociable : la liberté, l'égalité et la fraternité ne peuvent être justes qu'en se tempérant l'une l'autre. La Marseillaise omet deux principes de la trilogie, et par là même, détourne le sens du troisième...

Les paroles de la Marseillaise relèvent davantage du patriotisme et du nationalisme que du sentiment national. Le nationalisme fonde l'attachement à la nation sur l'existence d'un ennemi à combattre, que l'on retrouve à chaque couplet, assorti des termes les plus péjoratifs... Le patriotisme (“Amour sacré de la patrie”) repose sur des critères ethniques, géographiques, linguistiques, extérieurs à l'individu. Il est différent du sentiment national, qui émane de la libre implication, raisonnée à la nation...

Alors qu'elle tente de se positionner en leader démocratique, faisant campagne pour les droits de l'homme et pour la paix, la France reste arc-boutée à un roman national... où la tuerie peut être glorieuse.

A travers son chant guerrier, la France n'est-elle pas responsable d'encourager la résignation face à la sauvagerie ? Ne fournit-elle pas des arguments aux radicalismes prônant l’inéluctabilité de la barbarie?

 

Après avoir noté que Prussiens et Autrichiens, occupés à surveiller le front russe en avril 1792, n'envisageaient pas de déclarer la guerre à la France, et que les révolutionnaires étaient divisés sur la nécessité de la guerre, Robespierre et Marat notamment étant convaincus du danger pour la Révolution d'oublier sa vocation pacifiste inscrite dans la Constitution de 1791, Catherine Steine aborde les conséquences psychologiques de cette rhétorique guerrière :

Les psychologues et les ethnologues ont montré que les paroles guerrières préparent les gestes agressifs. Les spécialistes du langage expliquent que les mots et la pensée forment un circuit fermé, la pensée invente ses mots comme les mots influencent la pensée. Quelle vision du monde l'emblème national propose-t-il à notre intelligence ?

 Ce chant, fortement imagé, apte à séduire les esprits, met en scène un antagonisme manichéen entre forces du Bien et forces du Mal... Dans la réalité, les français “guerriers magnanimes” ont aussi brûlé, pillé, maltraité lors des campagnes militaires... Cette vision binaire du réel porte en son sein une dangereuse apologie de la haine. Les paroles de la Marseillaise décrivent un ennemi diabolique (ignobles, perfides, sanguinaires...) et légitiment la vengeance la plus meurtrière. Les “bras vengeurs” des “fils guerriers”, guidés par “l'Amour sacré de la patrie” prennent les armes pour défendre la “Liberté chérie”. Nous avons ici la structure de pensée et le vocabulaire de tous les fanatismes religieux et politiques.

La croyance transmise est celle qu'une frontière morale infranchissable sépare les purs et les impurs. Or, la compréhension de la réalité nécessite de résister à une vision simpliste en dépassant le stade de l'émotion brute, en analysant les causes, en pensant la complexité. La représentation du monde que propose la Marseillaise à nos entendements est exactement celle que nous devons combattre si nous voulons juguler l'obscurantisme. 

 

 

 

François TAILLANDIER, écrivain

 

« On peut au moins convenir que le sang impur qui doit abreuver nos sillons, 
ce n’est pas une image jolie, jolie. 
Peu importe : la composition de Rouget de Lisle appartient à notre patrimoine. Mais demande-t-on aux footballeurs d’aller s’incliner devant la cathédrale de Chartres ou les tombeaux du Panthéon, qui sont aussi notre patrimoine ? Et j’en viens ainsi à mon secundo, qu’est-ce que le football ? Un jeu populaire. Alors que la FFF existe depuis 1904, ce n’est qu’en 1935 que les supporters (et non les joueurs) chantèrent la Marseillaise, au motif que l’équipe allemande était arrivée en chantant Deutschland über alles. Pour le reste, la FFF vit de ce que lui paie TF1 pour diffuser les matchs, et aussi du sponsoring et des produits dérivés, c’est-à-dire de la marchandise. Donc, le football n’a rien à voir avec la société politique et historique ; il a tout à voir avec la société du spectacle. « Ce n’est pas parce que je vais la chanter que je vais mettre un triplé derrière », ajoute Benzema, en quoi il a tout à fait raison. Après tout, le type qui est payé pour vendre des voitures Renault, on ne lui demande pas de chanter la Marseillaise, on lui demande de vendre des voitures Renault. Alors supprimons donc 
cette Marseillaise des terrains de foot où elle n’a rien à faire. On sera au moins dans la vérité. Qu’elle plaise ou non… »

 

 

 

 

 

Viviane THIBAUDIER pdte de la Société Française de Psychologie Analytique

 

« Qu’un sang impur abreuve nos sillons » Étranges paroles dont la France nourrit les enfants de sa Patrie depuis plus de deux siècles. Faut-il alors s’étonner que racisme et xénophobie soient si importants dans notre beau pays et qu’ils se concrétisent dans les urnes avec, jusqu’à un quart des votes, dans certaines régions?

 

Je ne jetterai pas la pierre à ces pauvres victimes, je peux même tout à fait comprendre leur crainte. On la leur a si subtilement injectée depuis tant d’années. N’ont-ils pas entendu depuis toujours qu’il leur fallait se méfier de « ces cohortes étrangères » qui viennent pour faire « la loi dans nos foyers »,  et bientôt devenir « les maîtres de nos destinées ». Alors, « Aux armes citoyens ! », enfin…, aux urnes citoyens ! C’est le seul recours qu’aient, semble-t-il, ces sages et obéissants enfants de la Patrie.  Si racisme et xénophobie ne sont pas véritablement inscrits dans notre Constitution, ils le sont, en tout cas, dans notre hymne national.

 

Car ces petites phrases assassines sont toutes extraites de notre très respectable Marseillaise. Non, je ne plaisante malheureusement pas ! Et c’est bien là le message subliminal, qu’en toute innocence, nous avons tous capté dès notre plus tendre enfance. Ce que des générations de Français ont inconsciemment enregistré depuis des décennies. Un message de rejet de l’étranger et de violence à son égard, inscrit dans nos racines collectives, qui a formé l’esprit du peuple français dont nous sommes chacun, individuellement, une petite parcelle.

 

Notre Histoire est riche en enseignement. Et que nous le voulions ou non, elle nous a forgés. À côté de la xénophobie de notre Marseillaise, pour ce qui est du racisme par exemple, il faut bien dire que notre passé colonial n’a pas arrangé les choses. … Et si l’on y regarde d’un peu plus près encore, on se rendra compte que la France, dans ses colonies, a fait exactement ce contre quoi, dans son hymne national, elle s’époumone à mettre en garde ses citoyens. Autrement dit, elle s’est elle-même comportée vis-à-vis de ses « colonisés », comme une « cohorte étrangère » qui  est allée faire « la loi dans leurs foyers » et a voulu devenir le « maître de leurs destinées ». Tout cela pour la bonne cause, bien entendu, et pourvue des meilleures intentions du monde. La République n’est-elle pas née des Lumières ? Et notre beau Paris n’est-il pas devenu la plus belle ville du monde, au milieu du dix-neuvième siècle, grâce à M. Haussmann et à l’argent des colonies ?

 


 


TIERS MONDE, rappeur
« Africain dans le futur, Marianne et sa cambrure
M'envoient dans le mur,
La Marseillaise est une injure » (Black to the future)

 


Henri TISOT, comédien.
« Il serait peut-être opportun, en effet, de trouver pour la Marseillaise des paroles moins violentes et vindicatives. Quand on y pense, cela tombe sous le sens. Et puis on y repense, et on se dit qu'il n'est pas du tout prouvé que cela serait pleinement satisfaisant. Tout bien pesé, je crois qu'il faudrait des paroles pour le temps de paix, et le texte que nous connaissons pour le temps de guerre. N'oublions jamais que nos "compatriotes" sont le plus souvent tout, sauf "patriotes". Par conséquent, il est nécessaire que l'hymne national comporte des phrases fortes pour les tirer de leur apathie naturelle. »  (réponse à l'abbé Pierre)

 

 

Jean TOULAT, prêtre et essayiste pacifiste

 Anachronique, pompeux et belliciste, le chant qui symbolise la France ne parle, en termes devenus incompréhensibles pour le grand public, que de couper un maximum de cous ou de percer le maximum de ventres au maximum de traîtres, de princes, de perfides, de traîtres conjurés et de complices de Bouillé. Est-ce bien raisonnable, est-ce bien sympathique, est-ce bien conforme à l'image d'elle-même que veut et doit donner la France ? Enfants de la patrie que nous sommes, et fiers de l'être, est-il indispensable que nous mettions encore la baïonnette au canon pour aller aux chants dont un sang impur abreuve les microsillons? Faire sa toilette à la Marseillaise s'impose. (Pour une Marseillaise de la fraternité, éd. A. Noël, 1992, p. 19)

 


Gilbert TRIGANO, président-directeur général du Club Méditerranée.
" Depuis ma plus tendre enfance, l'air de la Marseillaise m'émeut. Elle évoque toujours pour moi les récits de la guerre de mon père, la mort de mes oncles et " l'ennemi " d'hier.
Et pour être plus précis, je ne connaissais par cœur que le premier et les deux derniers couplets et, bien sûr, le refrain. La lecture de l'intégralité du texte me confirme qu'il ne représente plus l'image de l'universalité de la France d'aujourd'hui et de demain.
C'est la raison pour laquelle j'ai aussi rejoint Monsieur l'Abbé Pierre, qui est pour moi l'Homme de tous les combats généreux et fondamentaux.
Un nouveau texte, respectant le passé et rempli d'espoir pour l'avenir, devrait s'inscrire dans une volonté commune de préparer l'avenir et d'en être les premiers artisans.
Notre tâche, à tous, est lourde et difficile dans un contexte, où hélas, on cherche plus à opposer qu'à unir. "
(réponse à l'abbé Pierre)

 

 

Najat VALLAUD-BELKACEM, alors ministre de l’Éducation Nationale:
« 
C’est un hymne dont on a bien vu qu’il est rassembleur, qu’il permet de porter un certain nombre de valeurs de la France, de combat pour la dignité de l’homme pour les libertés. » 

 


Simone VEIL, député au Parlement européen (réponse à l'abbé Pierre)
" J'ai le regret de vous faire savoir que je me sens tout a fait incapable d'exprimer un point de vue objectif sur notre hymne national. Il fait partie de ma mémoire et ma culture. Les paroles et la musique n'ont, en fait, guère d'importance pour moi ; seules comptent, lorsque j'écoute la Marseillaise ou que je la chante avec d'autres, toutes les références aux occasions dans lesquelles je l'ai entendue ou chantée dans le passé, depuis mon plus jeune âge.
C'est pourquoi je n'imagine pas de la modifier, même si les paroles ne correspondent plus à la situation présente et peuvent même paraître à certains malencontreuses.
Un nouveau chant, aussi bien soit-il, ne saurait avoir la charge émotionnelle que la Marseillaise a acquise du fait de ce qu'elle représente depuis deux siècles pour la France et des générations de Français. "

 


Paul-Emile VICTOR, explorateur  (réponse à l'abbé Pierre)
" Je suis d'accord avec vous. Il faut garder la musique de la Marseillaise, qui est magnifique et connue dans le monde entier. Pour le texte, il faudrait une seule strophe : de belles paroles pacifiques et qui aient une portée mondiale. La première initiative serait donc un concours pour cette strophe, pour ces paroles. "

 

 

Michel VOVELLE, historien, spécialiste de la Marseillaise
« ...qu’est-ce que ce « sang impur qui abreuve nos sillons », ces « barbares qui vont égorger nos fils et nos campagnes » Tout cela dans une langue qui n’est plus la nôtre. Il faudrait au moins réécrire les paroles pour éviter de se faire siffler dans des stades par des jeunes qui n’y comprennent rien… Puis il y a l’autre façon de faire passer un mauvais coup, c’est de s’emparer de ce que le général Bugeaud, vieille canaille, appelait en 1839 « l’hymne de derrière les fagots », objet des captations chauvines ou militaristes du XIXe siècle. Sans remonter au déluge, il y eut l’OPA Le Pen avant que le FN ne se reporte sur Nabuchodonosor, et à droite après Valéry Giscard d’Estaing en oratorio. Nous avons aujourd’hui la mainmise d’un Sarkozy attrape-tout dans sa boulimie annexant la Marseillaise comme le drapeau ou la cocarde dans la foire aux symboles au service de l’identité nationale et des « valeurs ». Et nous ? Au lendemain de la grande boucherie impérialiste de 1914, Aragon anathématisait la Marseillaise « dans les merdes des tranchées ». Mais à l’époque du danger fasciste nous l’avons réconcilié avec l’Internationale et elle a passé l’épreuve de la Résistance, ce qui n’était pas un compromis bourgeois. Gardons-la, non par une dévotion surannée, mais parce qu’elle reste intrépidement l’expression de la liberté sur les barricades, un chant révolutionnaire. » (L'Humanité 13 avril 2012)

 

 

YOUSSOUPHA , rappeur
« On a les critiques imparables D'une France qui oublie
qu'
les paroles de son hymne sont plus violentes que celles du gangsta rap »
« 
La misère qui harcèle, prends le mal à sa genèse
Et t
u comprendras pourquoi on aime siffler La Marseillaise »

« Ce n'est pas que je cautionne le fait qu'on siffle La Marseillaise, mais quand il y a des jeunes français d'origine tunisienne par exemple qui agissent de la sorte au stade de France, c'est parce qu'il y a un message qu'ils veulent faire passer, qu'il y a quelque part un malaise. Il faut peut être essayer de comprendre ces gens là, au lieu de décréter qu'ils sont, de ce fait, abrutis. »

 

 

Lambert WILSON, comédien
«  Je suis extrêmement énervé que personne ne dise qu'il est temps de changer ces paroles qui sont d'un autre temps. Quand j'entends qu'un sang impur abreuve nos sillons, je suis sidéré qu'on continue à chanter ça. Les paroles de La Marseillaise sont sanguinaires, sont racistes, sont xénophobes... La musique de cet hymne est fantastique. »(sur RTL, 14/5/2014)

 

Dominique VOYNET, sénatrice de Seine St Denis :
"Renonçons donc à l'enseignement de ces termes criminogènes de « sang impur »." (à l'Assemblée Nationale)

 

 

Eric ZEMMOUR, écrivain et journaliste :
« je voudrais défendre les paroles de la Marseillaise, parce que...
la Marseillaise, ce sont des gens qui se sont battus pour l'idéal de la liberté... »

 

 

ZINO, rappeur
« 
Moi, de l'hymne national, je ne retiens que le Aux armes” » (Révolution urbaine, Ch III: Inch'Allah)
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Ci-dessous un extrait de l'émission Culture et dépendances du 3 nov 2004 :
Thème : "La République, otage des religions ?".
Franz-Olivier Giesbert pose à tous ses invités la question suivante pour clore l'émission :
- "Sur votre lancée, Nicolas Sarkozy, vous n'avez pas envie de vous attaquer à un autre pilier de la République, du modèle républicain, c'est-à-dire la Marseillaise. Il y a un vers dans la Marseillaise : "Qu'un sang impur abreuve nos sillons !" Pensez- vous qu'il faut garder ce vers ?"
- Nicolas Sarkozy : vous trouvez que je n'ai pas assez d'ennuis, vous ?
- Père Ceyrac : J'aime beaucoup la Marseillaise mais je crois qu'il faudrait corriger cette phrase-là, oui. On ne peut plus dans un monde qui (?) mettre des choses comme ça.
- Dounia Bouzar :je suis tout à fait d'accord. Les jeunes disent que d'ailleurs ils seront considérés comme des citoyens comme les autres quand ils pourront justement revendiquer le changement de ces paroles.
- Alain Minc : Il vaudrait mieux apprendre à la siffler. Ca éviterait les paroles.
Rires. "Oh ! Bravo Alain Minc"
- Alain Minc poursuit : Non, à la siffler au sens musical du terme...
- Marcel Gauchet : On ne réécrit pas l'histoire. On peut juger déphasé par rapport à nos sensibilités actuelles ce vers mais notre effort intellectuel doit être de le replacer dans son contexte, de comprendre le sens qu'il pouvait avoir pour nos devanciers vis-à-vis duquel nous pouvons nous retrouver avec respect sans du tout partager les idées qui sont derrière ce vers malheureux.
- Nicolas Sarkozy : Qu'est-ce que dit Marcel Gauchet ? C'est qu'il ne faut pas avoir une lecture littérale des textes religieux et des textes républicains.
- FO Giesbert : Voilà, ce sera le mot de la fin.

 

 

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  Avis collectifs

 

ATTAC : Alors, que faire de la Marseillaise ?
Une première solution, valable pour l’ensemble des hymnes nationaux, consisterait à limiter ou à interdire l’usage de ces hymnes lors des compétitions sportives, en particulier les matchs de football où les débordements sont les plus nombreux, exprimant un chauvinisme qui n’a rien à faire sur les terrains de sport. Cela concerne a fortiori la Marseillaise et ses paroles belliqueuses [13]. Il semble impossible de modifier la musique de notre hymne, au demeurant très entraînante. Mais les paroles, rien n’interdit d’y toucher, plusieurs exemples venus d’autres pays nous l’ont montré. Puisque François Hollande a décrété que l’année 2016 serait celle de la Marseillaise, pourquoi ne pas en profiter pour s’interroger sur le contenu de l’hymne et proposer des modifications gommant son aspect guerrier ? Et pourquoi pas, tout simplement, en supprimer les paroles ?

 

 Collectif Devoirs de mémoires (Olivier Besancenot, Myriam Boudjeroudi, Leila Dixmier, Vanessa Gregory, Boris Mendza, Stéphane Pocrain, Anne-Bénédicte Queneau, Joey Starr, Jean-Claude Tchicaya, Mickael Trajan et Fanta Traoré) : "Le gouvernement parle de rétablir le chant de la Marseillaise à l'école ; Marseillaise qui a été sifflée par un Stade de France entier, jeunes et moins jeunes, lors d'un match France-Algérie. On ne règle pas le passif de l'histoire coloniale française à coups de match de football ou en mettant tout le monde au garde à vous devant le drapeau bleu-blanc-rouge. " (Manuels sans mémoire, édition du 6 mai 2005)

 

 

FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves)

 « L’intérêt de cet apprentissage [de la Marseillaise] paraît limité, à l’heure où l’on parle de faire la paix dans le monde » Georges Dupont-Lahitte, président de la FCPE (2005)

 "Enfin, dans les propos qui posent problème en ce moment, je veux parler de la Marseillaise. C'est tout à fait normal qu'on la chante car elle symbolise l'égalité dans la République. Mais dans la situation actuelle où on parle sans cesse de guerre, il me semble important de faire la part des choses avec les élèves qui entendent des strophes si guerrières. » Paul Raoult, président de la FCPE (2015)

 

 

Des syndicats enseignants ont fait signer des pétitions, comme celle-ci, en 2005 : « la Marseillaise, par la violence, le fanatisme et le racisme de ses paroles, est en parfaite opposition avec les valeurs de tolérance, de non-violence, de respect des autres, d'esprit critique, valeurs qui demeurent les fondements de l'éducation et que les enseignants s'évertuent à transmettre à leurs élèves. »

 

L’Alliance Fédéraliste Bretonne (AFB - Emglev Kevredel Breizh), Bemdez, Breizh 2004, Le Collectif Breton pour la Démocratie et les Droits de l’Homme (Galv Karaez - Appel de Carhaix), Dalc’homp Soñj, Le Réseau des Bretons de l’Extérieur (RBE - Rouedad Bretoned an Estrenvro), L’Union Démocratique Bretonne (UDB) s’indignent de la décision, confirmée et précisée par la circulaire de rentrée publiée le mercredi 24 août 2005, d’introduire dans l’enseignement d’éducation civique l’apprentissage obligatoire de l’hymne français et de son histoire...
Nos associations et formations politiques considèrent qu’il est aberrant et monstrueux que ce chant cocardier, aux paroles de violence et de haine renvoyant aux plus sanglantes périodes de l’Histoire et du colonialisme (« ...Qu’un sang impur abreuve nos sillons... », « ...Quoi, ces cohortes étrangères feraient la loi dans nos foyers... » ...) puisse être enseigné à de jeunes enfants ! Cet hymne ne présente d’intérêt que pour les historiens et ne saurait constituer un vecteur de paix et de respect des Droits de l’Homme.
Nos organisations ne peuvent que se déclarer vivement inquiètes face à une décision, qui, après le vote de la loi sur "la présentation positive du colonialisme", traduit la volonté de colorer les programmes d’enseignement d’un nationalisme exacerbé...
Vannes (Bretagne), le 31 août 2005.

 

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  De multiples autres personnalités, souvent en réponse à l'appel de l'abbé Pierre, ont demandé de nouvelles paroles pour cet hymne :

 

 Eve BARRE,

 

André BETTENCOURT,

 

Alima BOUMEDIENNE-THIERRY,

 

José BOVE,

 

Jacques de BOURBON-BUSSET,

 

Général Georges BUIS

 

Général Jean-Loup CHRETIEN,

 

Général de BOLLARDIERE,

 

Jean DESESSARD

 

Harlem DESIR,

 

Yves DUTEIL,

 

Soeur EMMANUELLE,

 

Claude ESTIER,

 

Roger FAUROUX,

 

Professeur René FRYDMAN,

 

Guy GILBERT,

 

Philippe GUILHAUME,

 

Paul GUTH,

 

Marek HALTER,

 

Robert HOSSEIN,

 

Dominique LAPIERRE,

 

Bernard LAVILLIERS,

 

Mgr LUSTIGER,

 

Pasteur Jacques MAURY,

 

Jean-Marie PETITCLERC,

 

Patrick POIVRE D'ARVOR,

 

Jacques SALZER,

 

Jacques SEGUELA,

 

Eric TABARLY

 

Bernard TAPIE,

 

Haroun TAZIEFF,

 

Antoine WAECHTER...