Une infox insulte nos soldats de "sang impur"

« Une interprétation aussi fausse que dangereuse, parce qu'elle nourrit la confusion des esprits, court à propos de l'expression "sang impur" dans la Marseillaise pour faire de ce sang impur celui des "révolutionnaires", du "peuple" sacrifié pour la bonne cause. Les textes de l'époque démentent catégoriquement cette vision sacrificielle et a-historique. Il faut assumer son passé. » Jean-Clément Martin, historien, ancien directeur de l'Institut d'Histoire de la Révolution Française

 

« Cest une explication, fausse, farfelue, créée... par un jeune professeur de lettres qui a voulu faire l’intéressant… le « sang impur », ce sont les ennemis de la liberté, de la Révolution. » (6° mn sur BFMTV) Bernard Richard, historien, auteur de "Les emblèmes de la République" (à lire sur l’obs)

 

 « Le «sang impur» fait référence au sang des rois et des aristocrates, pas des peuples étrangers » Patrice Gueniffey historien

 

Comme le montrent toutes les citations historiques, et comme l'ont confirmé Pierre Serna (directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution Française), et tous les historiens du colloque de 2016 sur la Marseillaise, le "sang impur" est toujours celui des ennemis de la Patrie, Français ou étrangers.

 

Apparue en février 2006, une infox, selon laquelle le « sang impur » serait celui des soldats français donnant leur vie pour la Patrie, évite à l'hymne toute accusation de racisme ou de xénophobie, mais elle ne repose sur aucune source historique.


 

Dominant jusqu’en 2013 la page du site Wikipédia, elle est enlevée puis remise de multiples fois, cette infox s'est propagée très largement sur Internet, et a été affirmée dans les plus grands médias, à l'Assemblée ou l’Éducation Nationale.


Or, malgré les avis des historiens ci-dessus, et différents courriers aux médias, aucun démenti n'a été apporté à cette affabulation, à part sur BFMTV grâce à Bernard Richard !

L'explication pourrait sembler logique : avant la Révolution, les nobles, issus des Francs, avaient le "sang pur" et traitaient le peuple issu des Gaulois de « sang impur », ce qui signifie, selon le Dictionnaire de l’Académie française de 1776 : « né de parents notés » (p 640, tome I), « noté » voulant dire « qui a une mauvaise réputation méritée par quelques fautes qui ont fait éclat » (p.152, tome II).

 

Dans cette théorie, les révolutionnaires se seraient glorifiés de ce « sang impur » abreuvant la terre de France, pour se présenter comme « martyrs de la liberté ».
Mais si, à l'époque actuelle, on se fait insulter de « sale race », la réponse instinctive n'est pas "Moi, la sale race, je vais verser mon sang sur les pavés ! », mais plutôt « 
Sale race toi-même !».

 

De la même façon, les révolutionnaires ont tout naturellement retourné l’insulte de « sang impur » sur les ennemis de la Révolution, français ou étrangers.

 

Auto-persuasion ou volonté de manipulation ?

Cette infox est-elle simplement un phénomène d'auto-persuasion collectif, où un groupe adopte l'interprétation qui correspond à ce qui le valorise ?
Ou y-a-t-il eu une volonté, d’abord de ne pas enseigner le sens historique de l’expression, afin de pouvoir ensuite introduire dans nos esprits vides une explication nettement plus valorisante ?

 

Plusieurs faits obligent en effet à s'interroger.

 

En 2011, face à la requête de l'association « DiH-Mouvement de Protestation civique » qui soutient devant le Conseil d’État que l’apprentissage dans l'école primaire de l’hymne national, et en particulier du vers « Qu'un sang impur... », est contraire à la déclaration des Droits de l’Homme et à la Constitution, le rapporteur public, qui avait sans doute parcouru Internet et Wikipédia, prit pour argument que l'on ne savait plus de façon certaine si le « sang impur » était celui de l'ennemi ou celui du peuple français, ce qui, dans le doute, annulait toute critique de l'hymne.

 

Présente sur le site de l'Elysée au moins de 2006 à 2010, une traduction anglaise de l'hymne jugée excellente - validait l'interprétation du sang impur des ennemis (And drench our fields With their tainted blood !). Mais à l'automne 2011 puis en juin 2012, il est constaté sur les archives de l’Elysée que cette traduction n'existe plus. Depuis, le site cocorico.com présente une traduction qui laisse, comme en français, la place aux deux interprétations (May impure blood Soak our fields’ furrows !).

 

Toujours en 2011, deux documents pédagogiques sur la Marseillaise apparaissent, visant à favoriser son enseignement pour le primaire et pour le collège. De nombreux mots du texte y sont expliqués, mais, curieusement, le « sang impur » ne fait l'objet d'aucun éclaircissement, alors que, quand on interroge les Français sur ce sujet, de multiples interprétations surgissent, jusqu'aux plus farfelues.

 

C’est pourquoi nous invitons l’État et le peuple français à s’interroger :

- y a-t-il eu en 2011 une volonté de ne pas expliquer le sens de l’expression, afin de préparer nos esprits à vides accueillir, en 2016, une interprétation fausse, ce qui serait une manipulation très grave de notre Histoire ?

 

- ou a-t-on cherché en 2011 à faire oublier le sens de l’expression, simplement pour éviter les polémiques, puis a-t-on été victime, en 2016, de cette ignorance ainsi généralisée, ce qui serait très comique ?