Histoire, mythique ou véridique, de la Marseillaise


La Marseillaise est l’hymne national le plus célèbre au monde.

Même les Anglais le reconnaissent, car le « God save the Queen », est un hymne dynastique, et non pas national ! Sans rancune, messieurs les Anglois ?

 

La Marseillaise, au départ « Chant de guerre pour l'armée du Rhin », a été écrite et composée à Strasbourg dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, par l'officier du génie Claude Rouget de Lisle, à la demande de Dietrich, maire de la ville. Dès sa création en Alsace, mais encore plus à l'arrivée à Paris des volontaires Marseillais, engagés pour défendre la patrie, la population l'adopte et la nomme l'« hymne des Marseillois», puis « la Marseillaise ».

Les armées françaises la chantent ; les soldats en sont galvanisés. Les généraux s'en enthousiasment "Envoyez-moi mille hommes ou une édition de la Marseillaise", demande l'un d'eux.
"J'ai gagné une bataille, la Marseillaise commandait avec moi" dit un autre.
« la Marseillaise a donné 100 000 défenseurs à la Patrie » affirme Carnot, l’« organisateur de la victoire ».

 En face, les allemands en sont terrorisés : « l'hymne terrible des Marseillais, écrit un officier. Décrire l'effet de cet hymne chanté par des milliers de voix est chose humainement impossible ».

 

Le poète Klopstock écrit à Rouget de Lisle : « vous êtes un homme terrible, votre chant a moissonné 50.000 braves allemands », et Goethe, en novembre 1792, déclare n'avoir « … jamais connu quelque chose d'aussi effrayant qu'une marche guerrière dans le mode mineur... l'exemple le plus éminent est donné par la Marche des Marseillais ».

 

Peut-être en partie grâce à la Marseillaise, grâce à l'enthousiasme qu'elle a su donner aux foules de volontaires, la Patrie, en danger de mort quelques mois plus tôt, repousse les troupes ennemies et devient conquérante à son tour. La Marseillaise, « le chant de la République combattante, attaquée et triomphante », remplace le « Te Deum », après le siège de Mayence, et lors de la célébration d'une fête civique, le 14 octobre 1792.

On la chante à l'Opéra, dans tous les spectacles et dans tous les coins de Paris  ; elle devient la chanson des révolutionnaires, "l'air sacré de la liberté".

Elle est officiellement décrétée chant national le 14 juillet 1795 (26 messidor an III) par la Convention, à l'initiative du Comité de Salut public.

 

Jugée trop subversive par Napoléon, elle est ensuite longtemps interdite, sous les deux régimes impériaux et sous la restauration monarchique. Le peuple la chante pourtant de nouveau, lors des révolutions de 1830 et 1848. Et le pouvoir lui-même l'autorise ou y fait appel, pour galvaniser les armées lors de situations militaires difficiles, notamment en 1812 et 1870.
Sous la III° République, après l'échec de la recherche d'un nouvel hymne, la Marseillaise redevient hymne national par un vote de l'Assemblée le 14 février 1879.

 

Elle entraîne les poilus au combat pendant la grande guerre de 1914-18, et les cendres de Rouget de Lisle sont déposées aux Invalides, à coté du tombeau de Napoléon, le 14 juillet 1915, lors d'une grandiose cérémonie.

 

Délaissée par les troupes en 1917-18, rejetée à la fin de la guerre par les partis de gauche, qui lui préfèrent l'Internationale, elle refait l'unité du pays sous le front populaire, en 1936, dans un climat de menace de l'Allemagne hitlérienne. Interdite par l'occupant après 1940, chantée par les résistants sous les balles des armées nazis, elle est un symbole de la libération de la France à la fin de la seconde guerre mondiale.

 

La Marseillaise, de plus, n'est pas qu'un hymne national limité à un pays. Comme le « God save the queen » qui a été utilisé, non seulement dans tout l'empire Britannique, mais a été repris pour créer les hymnes actuels ou anciens de près d'une dizaine d'autres pays, le plus souvent monarchiques, la Marseillaise s'est répandue par la force de sa musique et par la puissance de son symbole de liberté dans le monde entier, et en particulier dans les pays en lutte « contre la tyrannie ».

 

Depuis 1794 en Europe et peut-être au Mexique, elle a été chantée de par le monde, souvent avec une traduction des paroles, dans la plupart des révolutions ou des luttes des peuples opprimés contre la tyrannie, en Grèce en 1820 ou Russie en 1825, sur les barricades de Bruxelles en 1830 ou Varsovie en 1831, lors du « printemps des peuples » de 1848 en Hongrie, Allemagne, Autriche, Italie ou Pologne, au début du syndicalisme américain à Chicago en 1886, à la naissance d'une République au Brésil en 1889, au Chili en 1930 puis sous les balles de Pinochet, lors de la cérémonie de proclamation de la Seconde République espagnole en 1931, à Prague en 1958, en Chine populaire sous Mao puis lors de la révolte de Tien An Men en 1989, à Bucarest face à Ceaucescu, et tout récemment sur la place Maïdan en Ukraine...

 

La Marseillaise fit même quasiment fonction d'hymne national en Russie en 1917, et - étant l'hymne de l’Alliance populaire révolutionnaire américaine alors au pouvoir - au Pérou en 1930 et 2006.

Dans tous les peuples du monde, elle évoque les combats acharnés de la Révolution pour obtenir l'émancipation des peuples et la naissance de l'individu moderne.

 

Ceci est l'Histoire mythique de la Marseillaise, sans doute vraie mais essentiellement positive. C’est peut-être l'Histoire que beaucoup de Français ont à l'esprit.

 

Mais si on veut comprendre d’où viennent les polémiques sur les paroles, les sifflets dans les stades, les refus d'apprentissage de cet hymne par des enseignants ou des parents, il nous faut aborder, au-delà du mythe, des aspects complexes, parfois négatifs ou conflictuels, dans une...

 

Histoire véridique de la Marseillaise

 

La Marseillaise est en effet multiple, et ce tout au long de son histoire, et dès la Révolution.

 

20 avril 1792. La France déclare la guerre au roi de Bohême et de Hongrie.

25 avril 1792.  En place de Grève, à Paris, la guillotine exécute son premier condamné à mort. Hasard, le soir même, et jusque tard dans la nuit, à Strasbourg, le capitaine du génie Rouget de l'Isle écrit et compose un hymne de guerre, dédié aux troupes du général bavarois Luckner dirigeant l'armée du Rhin, menacé par les troupes ennemies.


L'hymne devient la Marseillaise, quand le bataillon des Marseillais apporte le chant dans sa marche jusqu'à Paris. Décrivant les violences commises par ce bataillon, à Marseille à partir du début de 1792, puis à Paris pendant les
massacres de septembre 1792, Michelet décrit l'évolution du caractère de ce chant, passé en quelques semaines des monarchistes constitutionnels de Strasbourg aux volontaires marseillais :

" Une chose, si l'on peut dire, les soutenait dans leurs colères et les rendait prêts à tout, c'est qu'ils se sentaient une foi. La foi révolutionnaire, formulée par un homme du nord dans la Marseillaise, avait confirmé le cœur du midi. Tous maintenant, ceux même qui ignoraient le plus les lois de la Révolution, ses réformes et ses bienfaits, tous savaient, par une chanson, pourquoi ils devaient dès lors combattre, tuer, mourir. La petite bande des Marseillais, traversant villes et villages, exalta, effraya la France par son ardeur frénétique à chanter le chant nouveau. Dans leurs bouches, il prenait un accent très contraire à l'inspiration primitive, accent farouche et de meurtre ; ce chant généreux, héroïque, devenait un chant de colère ; bientôt, il allait s'associer aux hurlements de la Terreur."

 

Ce glissement soudain, d'un hymne écrit pour une armée composée principalement de soldats de métier, dans un cercle de notables franc-maçons, à l'hymne d'un peuple opprimé, parfois affamé, et empli d'une violente colère, est révélateur d'une autre lutte, entre deux conceptions de la Marseillaise. Dans les deux cas, le chant est révolutionnaire et patriotique, et le « sang impur » est clairement celui des ennemis de la Révolution. Mais suivant que l'on penche vers la gauche ou la droite, on trouve dans toute l'Histoire une lutte entre, d’une part une interprétation révolutionnaire (le « sang impur » désigne alors les tyrans, exploiteurs, capitalistes...) ou d’autre part, une interprétation patriotique (le « sang impur » est alors celui des ennemis étrangers).

 

Une querelle de date éclaire cette distinction. L'historien Michel Vovelle, dont l'engagement robespierriste est connu, écrit que « c'est la Convention montagnarde qui institue, la première, La Marseillaise comme hymne national, décrétant le 4 frimaire an II (24 novembre 1793), qu'elle serait chantée dans tous les spectacles. ». Selon lui, si on retient la date du 26 messidor an III, le 14 juillet 1795, c'est parce que c'est la « plus respectable aux yeux des historiens de l'époque 1900 » et semble-t-il, pourrait-on ajouter, aux yeux des historiens d'aujourd'hui.

 

Après la chute de Robespierre, la Marseillaise a été un temps en lutte avec le Réveil du peuple, et c'est malgré la réaction thermidorienne qui aurait pu définitivement l'identifier à la Terreur, qu'elle a été instituée hymne national le 26 messidor an III. Deux semaines après ce décret, lors de la séance du 9 Thermidor an III, Bailleul ancien député girondin et futur Président, doit ainsi la défendre : « L'hymne aux accents duquel nos soldats marchent est sacré ; et l'on ne doit pas le proscrire, parce que des cannibales l'ont profané en le chantant à la suite des voitures qui traînaient les victimes à l'échafaud. »

 

Chateaubriand en a un avis mitigé : « L’Hymne des Marseillais n’est pas vide de tout mérite. Le lyrique a eu le grand talent d’y mettre de l’enthousiasme sans paraître ampoulé. […] Il mena tant de fois les Français à la victoire qu’on ne saurait mieux le placer qu’auprès des chants du poète qui fit triompher Lacédémone. Nous en tirerons cette leçon affligeante que : dans tous les âges, les hommes ont été des machines qu’on fait s’égorger avec des mots. » (Essai sur les révolutions, chap. XXIII, Londres, 1797)

 

La Marseillaise est chantée dans les cérémonies jusqu'en 1800, puis, jugée trop révolutionnaire, elle est mise de coté sous l'Empire, l'hymne étant sans doute autant en disgrâce que son auteur était en froid avec Napoléon. Rouget de Lisle osa en effet écrire au consul Napoléon à propos de la Hollande « Vous vous perdez et vous perdez la France avec vous », se compromit naïvement dans une affaire d'achats pour Joséphine, et fut l'un des très rares français à ne pas voter pour que Bonaparte devienne consul à vie en 1802.

 

Comme il l'avait fait pour encourager ses soldats à passer le col du Grand St Bernard en mai 1800, Napoléon tenta néanmoins lui-même de faire chanter l'hymne aux survivants de sa grande Armée sur la Bérézina en 1812. Mais cette fois, narquois, ses soldats lui répondirent par une chanson d'ancien régime, adaptée aux circonstances, car elle magnifie la mort à la guerre du duc britannique de Malborough :
« Malbrough s'en va-t-en guerre, Mironton, mironton, mirontaine ! Ne sait quand reviendra... »

La vieille garde finalement l'entonna à Waterloo, lorsqu'elle forma son dernier carré, alors que le salut de la patrie, ou tout au moins de l'empire, était en jeu.

 

Interdite sous la Restauration, la Marseillaise réapparaît pendant les « Trois glorieuses » qui, en juillet 1830, portent au pouvoir Louis-Philippe. Celui-ci, ancien compagnon d'armes de Rouget de Lisle en 1792, lui accorde une pension et le promeut chevalier de la Légion d'Honneur. Pendant quelques temps, chaque fin d'après-midi au Palais-Royal, on raconte que la foule acclamait le roi et, quand il paraissait, lui réclamait la Marseillaise, dont celui-ci attaquait les premières mesures, avant que la foule ne reprenne en chœur. La manifestation, que les guides touristiques auraient fait payer « un franc par tête d'anglais », disparaît rapidement, quand le roi s'installe aux Tuileries.

 

La Marseillaise est ensuite oubliée au profit de la Parisienne mais en 1840, un souffle nationaliste passe sur Paris à propos des événements d’Orient, et la Marseillaise, rappelée, est assimilée à ce courant.

 

Des critiques s'élèvent à gauche contre ce glissement cocardier, notamment par Louis Festeau, chansonnier socialiste : « … Cet hymne a fait son temps, a accompli sa mission en 89 ; mais en 1840, c’est un anachronisme. Le sabre ne règne plus ; aujourd’hui, c’est la pensée qui dirige le bras ; sur toutes les faces du globe, les peuples élèvent des temples aux dieux de la réconciliation et de la concorde ; cependant, la Marseillaise est un cri de guerre, un chant de haine, un appel permanent aux armes ; j’ose le dire, la Marseillaise a fait son temps, elle n’est plus de notre siècle ».

 

La guerre est évitée et, au poète allemand Becker qui en 1841 publie ce qu’on nomma la Marseillaise de l’Allemagne : « Non, les Français ne l’auront pas, le libre Rhin allemand...,
quoiqu’ils le demandent dans leurs cris comme des corbeaux avides... 
»

 

Alphonse de Lamartine répond avec le poème pacifique la Marseillaise de la paix, dont il conviendrait de lire plus que ces quelques extraits :
« Il ne tachera plus le cristal de ton onde, Le sang rouge du Franc, le sang bleu du Germain...
Et pourquoi nous haïr, et mettre entre les races Ces bornes ou ces eaux...
Nations, mot pompeux pour dire barbarie, L’amour s’arrête-t-il où s’arrêtent vos pas ?
Déchirez ces drapeaux ; une autre voix vous crie : L’égoïsme et la haine ont seuls une patrie ;
La fraternité n’en a pas ! Le monde en s’éclairant s’élève à l’unité.
Ma patrie est partout où rayonne la France, Où son génie éclate aux regards éblouis !
Chacun est du climat de son intelligence ; Je suis concitoyen de tout homme qui pense :
La vérité, c’est mon pays ! 
Vivent les noble fils de la grave Allemagne !
... Et vivent les essaims de la ruche de France... »

 

La Marseillaise surgit des barricades pendant le Printemps des Peuples de 1848, et elle est alors chantée presque tous les soirs à l'Opéra et dans les théâtres. Jules Janin, écrivain, académicien et critique dramatique, surnommé « le prince des critiques » écrit alors ce qui est sans doute la première demande de modification des paroles, d'un hymne qu'il admire par ailleurs: « Il y a dans le refrain de ce grand poème épique, notre Iliade…, un vers, un seul vers qui nous trouble, qui nous fait peur, qui nous attriste : Qu’un sang impur… Quel sang ? le sang de qui ? Où est le sang impur, à cette heure sérieuse de la fraternité universelle, à cet instant républicain où tous les peuples sont conviés à la liberté nouvelle ? La mort ! Le sang impur ! ces mots-là sont effacés de nos lois ; par grâce et par pitié, rayons-les de nos chansons »  (Journal du Loir-et-Cher, 16 mars 1848).

 

L'hymne est ensuite interdit sous le second Empire, au profit de « Partant pour la Syrie ». Mais en 1870, Bismarck veut profiter de sa supériorité militaire, mais souhaite que la France prenne la responsabilité de la guerre. Il rédige la Dépêche d'Ems, un récit tronqué d'une rencontre diplomatique dans le but, selon le chancelier Prussien, de « faire sur le taureau gaulois l'effet d'un chiffon rouge ».
Tombant dans le piège, Napoléon III
déclare la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870. Quatre jours auparavant, il autorise la Marseillaise, comme son oncle dans les moments difficiles. A Sir Richard Wallace qui entend alors l'hymne aux Tuileries, un proche de Napoléon III répond : « C’est par ordre exprès de l’Empereur. C’est le chant de guerre national, en somme, bien plus qu’un hymne révolutionnaire. »
Dès le 16 juillet, Jules Guesde, alors rédacteur des 
Droits de l’Homme, met en garde contre cette résurgence de la Marseillaise : « Pour qu’on puisse chanter impunément la Marseillaise dans les rues... il faut que le siège de l’Empire soit fait et que la guerre soit résolue dans le cerveau du Jupiter goutteux qui préside depuis dix-neuf ans aux destinées de la France »

 

Cette utilisation de la Marseillaise en tant qu’hymne national et guerrier transforme l'image de cet hymne jusqu'alors chanté surtout par les révolutionnaires. De nombreuses personnes de gauche le rejettent, telles Louise Michel, qui déclare : « L'Empire l'a profanée, nous autres révoltés, nous ne la disons plus »

 

Profitant de la liberté d'expression, de nombreuses paroles sont alors écrites sur l'air de la Marseillaise, en province, où on chante une « Lilloise », une « Fécampoise », une « Franc-comptoise », une « Lyonnaise »... ou à Paris, où résonne en 1871 la Marseillaise de la commune :
« Français ! ne soyons plus esclaves!, Sous le drapeau, rallions-nous,
Sous nos pas, brisons les entraves, Quatre-vingt-neuf, réveillez-vous(bis)
Frappons du dernier anathème Ceux qui, par un stupide orgueil,
Ont ouvert le sombre cercueil De nos frères morts sans emblème.

Refrain: Chantons la liberté, Défendons la cité,
Marchons, marchons, sans souverain, Le peuple aura du pain. »

 

C'est aussi sous la Commune, et dit-on sur le même air, qu'Eugène Pottier écrira l'Internationale, dont la musique sera composée en 1888 par Pierre Degeyter, et qui prendra ensuite peu à peu la place de la Marseillaise comme chant symbole des luttes sociales à travers le monde.

 

Rejetée par une partie de la gauche, la Marseillaise n'est pas pour autant adoptée dans le début de la IIIème République après 1870, car elle reste une chanson blasphématoire et subversive aux yeux des élites politiques, qui craignent que leur République soit assimilée à une révolution.
En 1877 ils commandent à
Charles Gounod la musique d'un hymne sur des paroles plus pacifiques du poète patriote Paul Déroulède, Vive la France, qui est un échec. Craignant un retour de la monarchie, les députés républicains redécouvrent les vertus de la Marseillaise et en font l'hymne national par la loi de 14 février 1879, le Président de la République Jules Grévy indiquant simplement que le décret du 14 juillet 1795 est toujours en vigueur.
En 1880 le jour anniversaire de la prise de la Bastille (14 juillet 1789) et celui de la fête de la Fédération (14 juillet 1790) deviennent fête nationale. Sarah Bernhardt prête son concours à l'exécution de l'hymne national.

 

En 1887, le Ministère de la guerre remanie le texte et la mélodie, conservant les six couplets de Rouget de Lisle, écartant les autres couplets ajoutés par d'autres mains, à l'exception du 7ème couplet, dit des enfants, écrits par Louis du Bois ou par l'Abbé Pessoneaux.

Même si elle souhaite récupérer un jour l'Alsace et la Lorraine, la IIIème république ne prône pas la guerre dans l'éducation et la morale qu'elle enseigne à l'école, mais, comme l'a analysé Mona Ozouf , elle inculque dans ses manuels un amour « sacré » d'une patrie qui apparaît comme une nation harmonieuse, bénie par la nature, grande par son histoire, et dotée du régime idéal, la République démocratique, aboutissement logique de la Révolution de 1789. Les appels à une fraternité universelle sont nombreux, mais ils paraissent sans doute utopiques aux enfants face à l'évocation d'un héroïsme guerrier toujours présent et aux chants militaires qui emplissent les cours de récréation. Les guerres d'agression de Louis XIV, Napoléon Ier et Napoléon III sont certes dénoncées, mais les guerres de « légitime défense » de Jeanne d'Arc, Kellerman ou Gambetta sont au contraire valorisées. Le message est que la guerre est détestable, mais elle existe parce qu'il y a des tyrans, et il est important de s'y préparer. Et parce que les horreurs de la guerre ne sont qu'évoquées, parce que la mère Patrie incarne, dans son territoire ou dans ses colonies, le Bien et la vertu, si elle le demande pour sa défense, aucun de ses enfants ne devrait s'y soustraire.

 

De l'hymne national, dont un décret instaure l'obligation de l'apprendre à l'école en 1911, les enfants chantent le premier couplet, le sixième (« Amour sacré de la patrie...) et le septième (« Bien moins jaloux de leur survivre que de partager leurs cercueils... »), comme s'il fallait, dès l'enfance, préparer la nouvelle génération à suivre la précédente dans le sacrifice de sa vie.

 

Dans les livres de classe, la Marseillaise n'est plus qu'en apparence un chant guerrier :
« 
La Marseillaise n'est pas qu'un chant de guerre, c'est un chant de fraternité ; ce sont des bataillons de frères qui, pour la sainte défense du foyer, de la patrie, vont ensemble, d'un même cœur. C'est un chant qui dans la guerre, conserve un esprit de paix. »

 

La gauche se méfie de cette propagande simpliste, et devant cette récupération patriotique et parfois nationaliste de son hymne révolutionnaire, lui préfère l'Internationale. En 1884, le poète communard Jean-Baptiste Clément, auteur du Temps des cerises ou de Dansons la capucine, parle de la chanson « propagandiste » que « les dirigeants ont si habilement exploitée et à l’aide de laquelle ils ont tant de fois électrisé les enfants du peuple qu’ils envoyaient défendre, à leur place, leurs privilèges, leurs capitaux et leurs propriétés »

 

Quand la guerre se déclare, en 1914, une des stratégies prônées par l'état-major français est l'offensive à outrance, dans l'esprit de la « furia francese » du passé, ou de certains batailles de la Révolution. Cette doctrine, dans laquelle le soldat, intrépide, doit se « précipiter dans le danger en se jouant de la vie », est certes coûteuse en vie humaine mais elle paraissait stratégiquement acceptable dans le cadre d'une guerre courte et victorieuse. Associée à la Marseillaise, elle a sans doute permis des victoires pendant les guerres révolutionnaires, grâce, d’une part à l’enthousiasme des volontaires qui compensait leur manque d’entraînement, et d’autre part à l'instauration de la conscription, qui a donné aux armées françaises une réserve humaine quasi-inépuisable face aux armées de métier étrangères.
Mais chez les poilus de 1914 galvanisés par la Marseillaise, la modernisation de l'armement ennemi - associée à l'absence de casques et au fameux pantalon garance français devenu visible depuis l’invention de la poudre sans fumée en 1884 - a provoqué des pertes considérables au début de la guerre, puisque les quatre premiers mois de combats furent plus de quatre fois plus meurtriers que ne le fut la suite de la guerre, et qu'on compta jusqu'à 27.000 soldats français tués le 22 août 1914, journée la plus terrible de l'histoire pour l'armée française.

 

Parce qu’il est difficile au XXI° siècle de prendre conscience de l’amour de la Patrie et de la dimension sacrée de l’hymne républicain à cette époque, il nous faut lire l’extrait suivant, tiré de « La grande guerre du XX° siècle » du journal de Louis LATAPIE, sergent et instituteur parisien dans sa première leçon à une classe de l'Alsace libérée, le 30 novembre 1914.
« Le sergent, tout pâle, monte au pupitre, où, quelques jours avant, un maître d'école allemand, férule en main, enseignait la haine de la France. Quelle récompense ! Quelle revanche ! Lui, il était instituteur à Paris avant la guerre. Et le voilà chargé de rouvrir l'école du village alsacien que sa compagnie vient d'occuper pour toujours. Trois douzaines d'enfants blonds, aux joues fraîches, sont rangés sur les bancs. On dirait des pommes rouges sur l'étagère du fruitier. On leur a mis les habits du dimanche. Une joie grave est dans l'air. Les yeux brillent. Derrière les portes, aux fenêtres, les parents écoutent.
- Mes enfants, dit le sergent, nous allons reprendre la leçon interrompue il y a quarante-quatre ans.
Mais les enfants se regardaient. L'un d'eux fit signe qu'il voulait parler : Monsieur, dit-il, vous avez oublié de dire la prière.
Le sergent reste un moment interloqué. Il ne sait aucune prière, Son esprit est depuis longtemps libéré. Enfin, il est franc-maçon et lanternier. Mais comment expliquer cela à ces petits ? Tout d'un coup, le problème immense lui est apparu. La première parole adressée à ces populations croyantes sera-t-elle une offense ?
A-t-il le droit d'apporter une déception, d'éveiller déjà une méfiance ?
Ces idées se sont heurtées, comme des étincelles subîtes, dans son cerveau. Il est comme ébloui. Mais il se ressaisit et dit : Dans nos écoles, ce sont les élèves qui récitent la prière. Priez.
Il attend. Les enfants murmurent le Pater accoutumé. Ils s'assoient. La leçon commence. Mais le jeune maître est encore troublé ; il avait préparé une harangue magnifique ; sa mémoire est vacillante; il se sent déborder d'amour pour son jeune auditoire, et les mots que son cœur pousse à grands coups, dont sa poitrine est secouée, s'arrêtent dans sa gorge serrée. Une inspiration le sauve.
Il a vu un journal sur son pupitre. Il l'ouvre : Mes enfants, voici, pour aujourd'hui, notre livre d'histoire. Celui que vous avez dans votre sac d'écolier ne contient aucune page aussi belle, rapportant autant de traits héroïques que celle-ci. Et il lut les citations à l'ordre du jour de l'armée.
Les enfants écoutent, les oreilles rouges de [?]... et la voix du maître d'école, affermie, solennise cette épique revue. Il y en a comme cela, vous voyez, des pages et des pages tous les jours renouvelées. On en remplirait un livre, deux livres, dix livres d'histoire. Chaque jour, des milliers de héros s'élèvent des rangs et tombent, sublimes et joyeux. Et savez-vous pourquoi
ils offrent ainsi leur vie, vident leur sang sur la terre et sourient à la mort ? Pour vous ! Toutes les familles de France ont envoyé les plus belles fleurs de leur sang et les offrent en sacrifice pour vous racheter.
Longtemps le sergent parle ainsi. Maintenant les idées et les images abondent ; il évoque les bataillons qui montent par delà les Vosges, et il paraphrase magnifiquement le chant national : « Enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé ! » Entendez-vous dans les campagnes mugir ces féroces soldats ?. » Ah ! oui, ils les ont entendus, ils les ont vus, eux, égorger nos fils et nos compagnes. Les portes de la classe se sont ouvertes ; les têtes paraissent aux fenêtres ; toute l'Alsace est là, frémissante de fierté, de reconnaissance et d'amour.
Le maître s'exalte ; il achève le chant sublime : « Aux armes, citoyens ! Marchez, marchons ! Ceci aussi est une prière, crie-t-il, la prière de la France qui vous rappelle et vous retrouve. » Les enfants se sont mis à genoux. « Qu'un sang impur abreuve nos sillons»
La leçon est finie. Et le maître, imitant les petits, étourdiment, fait le signe de la croix. »

 

En 1915, après l'arrêt des avancées allemandes, Raymond Poincaré souhaite redonner du courage aux soldats engagés dans la guerre, et les cendres de l'auteur de l'hymne national, enterré en 1836 à Choisy-le-Roi, sont déposées aux Invalides le 14 juillet. Certains souhaitaient déposer le corps au Panthéon - situé symboliquement « à gauche » selon Bernard Richard - mais l'accord des deux Assemblées n'ayant semble-t-il pu être obtenu à temps, le cercueil a été transféré provisoirement aux Invalides, « à droite », en attente d'autorisation. Il y est toujours et repose aux cotés du corps de Napoléon, contre lequel Rouget de Lisle s'était insurgé à plusieurs reprises. Lors d'une cérémonie grandiose, le Président Poincaré dénonça dans un discours véhément « l’agression la plus brutale et la plus savamment préparée », et déclara que la Marseillaise est le « cri de vengeance et d'indignation d'un peuple qui, non plus qu'il y a cent vingt-cinq ans, ne pliera le genou devant l'étranger».

 

En 1917-18, des mutineries éclatent, et autant le conflit devient, au front comme à l'arrière, de plus en plus insupportable, autant la Marseillaise lasse. Les troupiers, épuisés par cette guerre interminable, ne la chantent plus, et lui préfèrent la Madelon, chanson de cabaret qui exalte le manque affectif des soldats.

 

Après guerre, on chante de nouveau l'hymne des Marseillais, en apparence unanimement, à l'Assemblée Nationale, dans les spectacles et les café-concerts, mais c'est par la droite et l'extrême-droite qu'est entonnée cette Marseillaise davantage patriotique que républicaine. A gauche, comme l'écrit le socialiste Pierre Brizon en 1919 : « Nous ne chantons pas leur Marseillaise ! Ils en ont fait un chant de sauvages... Nous chantons l'Internationale. ».

 

Le poète Louis Aragon écrit ce qui restera l'une des charges les plus féroces contre la Marseillaise :
«
 Debout peuple travailleur, le jour de gloire est t-arrivé
Et toi gloire maintenant ta gueule...
La Marseillaise aux orties...
Mets ce casque et prends ce fusil, Histoire de t'apprendre à vivre,
Quatre ans de Marseillaise avec, les pieds dans la merde et la gueule en sang,
Marseillaise de Charleroi, Marseillaise des Dardanelles, Marseillaise de Verdun...
Je salue ici ceux qui se mutinèrent au Chemin des Dames en mil neuf cent dix-sept
Je salue ici ceux qui surgirent de la boue avec à la bouche un grand cri
et tournèrent leurs armes du côté de la Marseillaise
Et ceux qui dirent feu sur eux sont encore de ce monde...

Cède le pas Marseillaise, à l'Internationale...".

 

Comme l'écrit Michel Vovelle, il y a « un malaise profond, derrière l'unanimité de façade... alors même que tout un peuple - celui des travailleurs - peine à se reconnaître dans l'hymne de la bourgeoisie triomphante ». « La force de la Marseillaise, jusqu'en 1879, avait été d'être le point de ralliement de toutes les subversions, de toutes les révoltes... l'officialisation de l'hymne, et son accaparement par la bourgeoisie de la IIIème République, sa banalisation enfin comme chant officiel utilisable à toutes fins, l'ont privée de son âpre saveur aux yeux des masses populaires. Hymne révolutionnaire, devenue chant d'orgueil national à l'ère des impérialismes triomphants : l'épreuve est rude. »

 

Quelques années plus tard, tout change. La Marseillaise redevient incontournable ainsi qu'en témoigne la célébration du centenaire de la mort de Rouget de Lisle en juillet 1936 sous le gouvernement de Front populaire.  « Pour Aragon comme pour les communistes en général, la “Marseillaise” redevient pleinement acceptable quand elle est rendue au “génie du peuple de France”, par un parti qui entend se montrer le “digne héritier des Jacobins de 1792”, qui se réaccorde avec “le patriotisme des humbles, le patriotisme de Jeanne d’Arc, paysanne de France” » déclare alors Maurice Thorez.

 

Pendant la guerre de 39-45, l'hymne de Rouget de Lisle est interdit en zone occupée, et autorisé en zone libre jusqu’en 1942. Il est chanté dans des parades de l'armée ou lors des visites officielles du Maréchal Pétain, au même titre que "Maréchal, nous voilà", mais le premier couplet, qui décrit des envahisseurs féroces, est remplacé par le 6ème couplet, qui exalte pourtant une liberté se vengeant de l'ennemi :

 

 "Amour sacré de la patrie, conduis, soutiens nos bras vengeurs, Liberté, Liberté chérie...
Que tes ennemis expirants voient ton triomphe et notre gloire !"

 

 Mais la Marseillaise est principalement entonnée par les partisans, qu'ils soient gaullistes ou communistes, jusqu'à la Libération de la France. Pendant toute la guerre, on trouve des témoignages poignants de résistants chantant cet hymne afin de braver leurs bourreaux dans des manifestations interdites, sous les balles du peloton d'exécution, ou dans des camps de concentration, comme ici, sous la plume de Manca Svalboda :

 

« Un matin, à l’entrée du camp paraissent […] trois cents nouvelles venues. De quel pays arrivent-elles ? Nous guettons attentives. Soudain, notre respiration s’arrête, nos poings se serrent, nos yeux brillent puissamment, au milieu de notre camp de mort s’élève La Marseillaise : “ Allons, enfants de la patrie ! ” Pour la première fois depuis longtemps nous respirons profondément avec un goût de liberté. Des images et des pensées se pressent dans ma tête. Je vois l’armée infinie et décidée, les partisans, les combattants, les blessés, les martyrisés qui tombent invaincus. Des yeux hardis me regardent. Des mains se tendent. Et je me rends compte subitement que le monde ne finira pas avec les barbelés de notre camp, ni avec les flammes du crématoire. La vie et le monde existent. La lutte, la souffrance, l’espérance subsistent au fond des rues, dans les bunkers, dans les ponts qui sautent, dans les trains qui déraillent, dans les mains qui s’étreignent. »

 

Finalement, vu que l'hymne n'était plus chanté en 1918, et après les batailles perdues en 1812, 1815, 1870, 1914 et 1940, c'est enfin en 1945, avec l'aide importante des alliés, que la Marseillaise renoue sur le sol européen avec la victoire, qu'elle n'avait plus connue depuis la période révolutionnaire.

 

Gauche et droite réunies, le pays parait uni derrière son hymne dans la période qui suit la guerre.
Tout juste entend-on quelques critiques artistiques, comme celle de
Georges Brassens, légèrement ironique dans La Mauvaise Herbe en 1954 : "Quand le jour de gloire est arrivé / Comme tous les autres étaient crevés / Moi seul connus le déshonneur / De n'pas être mort au champ d'honneur".

 

Mais en 1967, la chanson « La Marseillaise » de Leo Ferré est considérée comme un outrage absolu, puisque l'artiste anarchiste compare l'hymne national à une fille de joie mortelle :
«  C´est un´ putain qu´aime que la braise Et moi j´l´appelle la Marseillaise...
J´connais un´ grue dans mon pays Avec les dents longu´s comm´ le bras
Et qui s´tapait tous les soldats Qu´avaient la mort dans leur fusil
C´est à Verdun qu´on peut la voir Quand les souv´nirs se foutent en prise
Et que l´vent d´est pose sa valise Et qu´les médaill´s font le trottoir
Elle a un´ voix à embarquer Tous les traîn´-tapins qu´elle rencontre
Et il paraît qu´au bout du compte Ça en fait un drôl´ de paquet
Il suffit d´y mettre un peu d´soi Au fond c´est qu´un´ chanson française
Mais qu´on l´appell´ la Marseillaise Ça fait bizarr´ dans ces coins-là...
J´connais un´ grue qu´a pas d´principes Les dents longu´s comme un jour sans pain
Qui dégrafait tous les gamins Fumant leur vie dans leur cass´-pipe
C´est dans les champs qu´ell´ traîn´ son cul Où y a des croix comm´ des oiseaux
Des croix blanch´s plantées pour la peau La peau des autr´s bien entendu... »

 

En mai 1968, les communistes continuent à la chanter, en même temps que l'Internationale, mais les manifestants étudiants la rejettent en même temps que tous les symboles de l'autorité et de l’État. Réaction inverse le 30 mai 68, où elle est entonnée par un million de personnes qui défilent sur les Champs-Élysées, pour demander le maintien du Général de Gaulle au pouvoir, et la fin de la « chienlit ».

 

En 1979-80, l'interprétation reggae de la Marseillaise par Serge Gainsbourg est vécue par beaucoup comme un nouveau blasphème, même si l'artiste a conservé les paroles, remplaçant ironiquement le refrain par "Aux armes, et caetera", comme Rouget de Lisle l'a écrit lui-même en certains endroits du manuscrit original (que Gainsbourg rachètera quelques années plus tard). Une polémique s'ensuit, notamment avec Michel Droit dans la presse, et avec des parachutistes dans un concert, à qui il fait chanter l'hymne, dont il prétend avoir retrouvé le sens original et révolutionnaire.

 

Jugée violente ou ringarde par certains, la Marseillaise semble parfois devenir l'apanage de l'extrême-droite. Elle est peu enseignée à l'école, malgré plusieurs recommandations ministérielles ; la majorité des hommes politiques et des footballeurs ne le chantent pas, et nul ne leur en fait reproche.

 

En 1990, l'abbé Pierre, soutenu par de nombreuses personnalités, lance un concours pour modifier les paroles. Suite à une forte opposition notamment dans la classe politique, le concours est abandonné malgré plus de 300 versions recueillies.

 

De 2001 à 2009, la Marseillaise est plusieurs fois sifflée dans les stades, notamment lors des matches France-Algérie, Bastia-Lorient, France-Maroc et France-Tunisie, provoquant la colère des autorités, qui font voter en 2003 un délit d'outrage au drapeau et à l'hymne national, délit puni de six mois d'emprisonnement et de 7500 euros d'amende... Des sifflets se font néanmoins encore entendre dans d'autres rencontres (contre Israël, l'Italie, la Serbie...).

 

Plusieurs sportifs originaires des DOM-TOM ou des anciennes colonies françaises refusent de chanter l’hymne, signe d’un important rejet de celui-ci par les jeunes issus de l’immigration, rejet qui s’exprime en particulier chez les rappeurs.

 

En avril 2002, quand Jean-Marie Le Pen accède au second tour des élections présidentielles françaises, le Collectif Vive la France, soutenu par de nombreux artistes (Charles Aznavour, Sophie Marceau, Gérard Jugnot, Josiane Balasko, Line Renaud...) fait chanter la Marseillaise pour la République au Trocadéro, signe d'une réappropriation progressive des symboles nationaux par l'ensemble des partis et par une proportion croissante de la population.