Des hymnes nationaux qui évoluent

 

La plupart des pays issus d'une décolonisation sans guerre ont un hymne national porteurs de valeurs pacifiques (Inde, Pakistan, Cameroun, Côte d'Ivoire, Congo, Sénégal...).

 

Les pays plus anciens ou issus d'une guerre ont souvent hérité d'un hymne guerrier (USA, France, Vietnam, Algérie...)

 

De nombreux pays ont modifié les paroles de leur hymne national, par exemple :

  • en Belgique où les paroles du français Jenneval, jugées trop agressives envers les Pays-Bas, furent réécrites par le premier Ministre Charles Rogier en 1860, celles-ci n'étant officialisées comme seules paroles officielles qu'en 1921.

  • en Suisse, dont l'hymne est toujours un cantique religieux, un concours lancé en 2014 a désigné un nouveau texte, mais celui-ci doit convaincre la majorité du pays pour être adopté, ce qui n’est pas encore le cas.

  • en Allemagne, le Deutschland über alles, über alles in der Welt était compris comme un appel aux souverains allemands à mettre de côté leurs querelles et à concentrer leurs efforts pour créer une Allemagne unie, avec parfois aussi une connotation révolutionnaire et libérale. Cette expression fut réinterprétée par les nazis comme « L'Allemagne doit dominer le monde », avec une idée d'annexion, omniprésente dans la Seconde Guerre mondiale. En 1952, consciente de cette nouvelle interprétation, la République Fédérale Allemande décida de ne conserver comme hymne national que le 3ème couplet, beaucoup plus pacifique, et il a été adopté après la réunification allemande en 1991 comme hymne national de toute l’Allemagne.

  • Au Canada, en 2018, l’hymne « Ô Canada » devient inclusif, remplaçant « all thy sons » par « all of us »

  • en Afrique du Sud, depuis 1997, l'hymne national est la combinaison de l'ancien hymne national adopté en 1927, Die Stem van Suid Afrika (l'appel de l'Afrique du Sud) avec le populaire chant africain adopté par les mouvements anti-apartheid, Nkosi Sikelel' iAfrika (Dieu sauve l'Afrique)

  • en Russie, où Sergeï Mikhalkov, a écrit le texte en 1944, l'a révisé en 1977 pour y éliminer la référence à la grande guerre et donc à Staline, et enfin l'a réécrit en 2000 en tant qu'hymne de la Fédération de Russie, toujours sur la même musique.

 

La Marseillaise elle-même a connu plusieurs modifications. Aux six couplets écrits par Rouget de Lisle ont été ajoutés l'actuel couplet des enfants, écrit par Louis du Bois ou par l'Abbé Pessoneaux, et huit autres couplets d'origine inconnue. Le 8ème couplet, jugé déiste, fut enlevé dès 1792 par le ministre de la Guerre.

 

Après son adoption comme hymne national en 1879, le ministère de la Guerre remanie le texte et la mélodie en 1887, conserve les six couplets de Rouget de Lisle et écarte les autres, à l'exception du 7ème.
Beaucoup plus pacifistes, et parfois déistes, ces couplets 8 à 15 vantaient l’Égalité, le patriotisme et l'universalisme, et invitaient même, quand viendrait la paix, à cesser « de chanter ce refrain terrible ».

Malgré leurs qualités, avouons néanmoins que si l'un d'eux devait être rajouté aujourd'hui à la version officielle, il ne provoquerait ni l'unanimité ni l'enthousiasme du peuple français.