L’hymne des défaites de la Nation non révolutionnaire !

 

 

La Marseillaise a été l’hymne des victoires françaises pendant la Révolution.
Les soldats en étaient galvanisés. Les généraux étaient enthousiastes : "Envoyez-moi mille hommes ou une édition de la Marseillaise", demandait l'un d'eux.
"J'ai gagné une bataille, la Marseillaise commandait avec moi" disait un autre.« La Marseillaise a donné 100 000 défenseurs à la Patrie » affirmait Carnot, l’« organisateur de la victoire ».

 

Mais à partir de Napoléon, et de ses conquêtes, lancées avec le prétexte de libérer les peuples, l’hymne a visiblement perdu ses « pouvoirs », et est alors devenu un hymne de défaites.

 

Le tournant symbolique se situe en 1803, à la bataille de Vertières à St Domingue, où la Marseillaise fut chantée dans les deux camps, par les troupes de Napoléon qui venait de rétablir l’esclavage, et par l’armée des anciens esclaves d’Haïti. Luttant contre la tyrannie esclavagiste des Français, cette troupe « indigène » infligea sa première défaite d’envergure à l’armée napoléonienne.

 

 

 

A partir de là, il semble que l’hymne n’ait plus été entonné, jusqu’à 1812, où dans le froid glacial de la Bérézina, Napoléon tenta lui-même de le faire chanter à ses troupes pour leur donner du courage. Mais celles-ci, ironiques, lui répondirent par un chant d'ancien régime, qui magnifiait la mort à la guerre du duc britannique de Marlborough : « Malbrough s'en va-t-en guerre, Mironton, mironton, mirontaine ! Ne sait quand reviendra ( ter) »

 

Sa vieille garde l’entonna sur la plaine de Waterloo en 1815, et on n’entendit plus l’hymne interdit que lors de révolutions de 1830 et 1848.

 

En 1870, provoqué par la dépêche d’Ems de Bismarck, Napoléon III, furieux, tomba dans le piège prussien, déclara la guerre et autorisa la Marseillaise pour galvaniser ses troupes.
Après la défaite de Sedan, et comme de nombreuses personnes de gauche, Louise Michel la rejeta :
« L'Empire l'a profanée, nous autres révoltés, nous ne la disons plus »

 

 

 

En 1914, les troupes françaises, imprégnées de la doctrine de l’offensive à outrance, chargèrent héroïquement au son de la Marseillaise. Mais elles furent décimées par les mitrailleuses ennemies, avec jusqu’à 27.000 morts le 22 août 1914 !

 

En 1915, lors du transfert des cendres de Rouget de Lisle à coté de Napoléon, Poincaré définit l’hymne comme le « cri de vengeance et d'indignation d'un peuple », « dont tous les fils préfèrent délibérément la mort à la servitude... »

 

Mais en 1917, des milliers de soldats se révoltèrent. On arrêta de chanter la Marseillaise, et la France retrouva la victoire en 1918. Les députés, à l’inverse de nos soldats, la chantèrent lors de l’armistice. L'ensemble des poilus avait en effet massivement rejeté l'hymne en 1917 et 1918, comme un triple symbole, celui de l'embrigadement d'un peuple, celui de l'engrenage vers une guerre sans raison objective, et celui du massacre de millions d'hommes utilisés comme chair à canon au bon plaisir de certains généraux.

 

 En 1936, la Marseillaise refit l'unanimité du pays, à gauche comme à droite. Après la défaite de 1940, elle fut entonnée par les résistants fusillés par les Allemands ou dans les camps de concentration, mais aussi parfois par le régime de Vichy. Elle renoua enfin avec la victoire lors de la Libération du pays, mais il est difficile d'estimer son impact sur la défaite du régime Hitlérien.

 

Suivirent l'Indochine en 1954 et l'Algérie en 1962, soit, depuis que l'hymne a perdu son esprit révolutionnaire, un bilan peu glorieux de huit défaites, les trois premières et les deux dernières hors du territoire national, où les "féroces soldats", envahisseurs de la tyrannie, marchaient donc sous l’étendard sanglant bleu-blanc-rouge, en contradiction complète avec les paroles.

 

Comme disait Rouget de Lisle en 1815 : « Ah ! ça va bien mal ! … Je viens d’entendre chanter la Marseillaise… »